Cinéma

La planète Terre se retrouve au FIFF

Le Festival international de films de Fribourg propose 105 films venus des cinq continents. Il s’adonne aux comédies romantiques, soutient les actrices noires et croise dans les Caraïbes

Chaque année, au début du printemps, l’axe de rotation de la Terre passe par Fribourg. Une centaine de films venus des cinq continents attestent de l’état de la planète, permettent aux curieux de sortir des ornières confortables de la production hollywoodienne et de rêver d’un monde qui tourne rond.

Après deux éditions difficiles, le FIFF a fait le plein l’an dernier avec 44 000 spectateurs (pour 38 000 habitants à Fribourg), dont quelques milliers d’écoliers. Il tire une légitime fierté d’avoir le plus jeune des publics de tous les festivals suisses. Nouveau président de l’association FIFF, Mathieu Fleury dit que sa vision de la manifestation est celle de la «sobriété heureuse». Ce rendez-vous de la cinéphilie curieuse «ne se préoccupe pas de paillettes mais se concentre sur une forme de mondialisation basée sur la beauté et la diversité».

«The Red Phallus»

Faire de la cacophonie du monde un village où déguster la quintessence du 7e art. C’est la définition que Thierry Jobin donne du festival qu’il dirige depuis huit ans. Amateur de films populaires mais jamais populistes, ce cinéphile inépuisable assène quelques statistiques parlantes: sur les 105 films projetés, issus de 58 pays, 29% viennent d’Asie, 18% d’Europe, 17% d’Afrique, 15% d’Amérique du Sud, 8% d’Amérique du Nord et 13% de Suisse (coproductions). Et 36,6% d’entre eux sont réalisés par des femmes.

La Compétition internationale de longs métrages et de courts métrages constitue le cœur ardent du festival, car elle recèle les cinéastes de demain. On peut y voir une jeune femme lutter contre le patriarcat (The Red Phallus, Bouthan), un serial killer sévir dans une Chine en pleine mutation industrielle (The Looming Storm), des bourgeoises mexicaines rattrapées par la crise économique (The Good Girls), une plongée dans la dictature uruguayenne (Compañeros – La Noche de 12 años)…

Le film d’ouverture, How Long Will I Love U (Chine), est une histoire d’amour intemporelle: 2018 et 1999 fusionnent, et la battante d’aujourd’hui se retrouve dans le lit du candide de jadis. Le FIFF se conclut avec Meet Me in St. Gallen dans lequel les amoureux philippins se retrouvent au marché de Noël de Saint-Gall.

Enduit de miel et baigné de larmes

La section Cinéma de genre donne sa tonalité à la manifestation fribourgeoise. Après les films de fantômes et les biopics, place à la comédie romantique. Ce n’est pas nécessairement la tasse de thé de Thierry Jobin, inconditionnel de Clint Eastwood, mais certaines guimauves peuvent fendre les cœurs de pierre. Le directeur artistique a visionné des centaines de love stories.

Il est ressorti de l’épreuve «enduit de miel» et baigné de larmes. Il propose des films perpétuant l’éternelle structure de la rencontre, de la contrariété et de la réconciliation, brassant classiques du genre (Diamants sur canapé, avec Audrey Hepburn), My Love, My Bride, un énorme succès venu de Corée du Sud, le pays qui produit des comédies romantiques de façon industrielle, El Futbol O Yo, qui a fait exploser le box-office argentin, dans lequel un accro au football doit choisir entre le ballon rond et sa femme…

Le festival prolonge les revendications des actrices françaises de couleur en offrant aux 16 militantes de Noire n’est pas mon métier l’occasion de montrer un film qui fait écho à leur combat contre les clichés racistes. Quant au Nouveau territoire défriché, c’est les Caraïbes, Haïti, Porto Rico et la République dominicaine. Une région qu’on ne connaît que par Pirates des Caraïbes, soupire Thierry Jobin.


Festival international de films de Fribourg, du 15 au 23 mars.

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