A l’heure de la boulimie audiovisuelle sans limites, le chaland en demande toujours plus. Les contenus proposés par Play Suisse, la nouvelle plateforme en ligne de la SSR, sont vite parcourus. Le diffuseur annonce un millier de programmes au lancement. Bien sûr, c’est par accumulation que le service prendra tout son sens.

La Suisse plurilingue dispose enfin d’un plateau sur lequel la SSR propose, gratuitement, ses productions, sous-titrées dans les trois langues principales. En France, Salto, le service similaire lancé il y a une semaine, qui associe groupes publics et privés, est payant. Play Suisse est disponible sur ordinateur ainsi que sur Android et iOS/Apple TV. Il faut s’inscrire, dans une procédure limpide, puis on aboutit à une interface désormais classique: chapitres à gauche et domaines empilés dans la colonne centrale. L’originalité de Play Suisse est de proposer des thématiques transversales, économie, cuisine, environnement…

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Au passage, on remarque qu’avec un tel regroupement des programmes, les chaînes de la SSR prêtent le flanc aux critiques sur leurs divers traitements. Ainsi, avec ses émissions sur le chômage, la précarité, le «scandale Credit Suisse», la liste «économie» donne en partie raison aux milieux économiques dans leur éternelle polémique avec la SSR sur son biais en la matière…

Le réceptacle du patrimoine, même récent

Il n’y a ni actualité ni sports, entre autres: Play Suisse est le réceptacle des productions lourdes (longs métrages), des séries et des séquences d’émissions. On n’y trouvera pas A bon entendeur – qui se trouve dans les applications des chaînes respectives de la RTS.

Le choix se révèle assez fourni en matière de documentaires. La section «histoire» est plutôt confuse mais copieuse, relativement à l’ensemble de l’offre. Un florilège «festivals» offre des films ou courts métrages montrés dans les événements soutenus par la SSR, ainsi que des opéras et concerts.

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Fictions: il manque des séries alémaniques

Outre le documentaire, la forte attente, bien sûr, concerne la fiction. A ce titre, le mélange des (télé) films et séries n’est guère heureux: à l’heure de leur triomphe, les secondes mériteraient une section ad hoc. Dans la petite palette de films, les curieux pourront (re) voir Ma Vie de courgette ou un thriller alémanique sur le harcèlement en ligne. En matière de séries, des Romands seront heureux de retrouver quelques pépites des dernières années, dont Crom ou A livre ouvert, ainsi que les fictions récentes – mais les premières saisons seulement de Wilder ou de Quartier des banques. Dans le patrimoine, il y a du travail: pas de Pique-meurons ou, à propos d’anciens rires, de Carabine FM – la plateforme est d’ailleurs dénuée de zone «humour».

Plus frustrant à cette heure, l’offre confédérale demeure mince. Il y a une série tessinoise en mini-épisodes sur un tueur à répétition ainsi que Private Banking, la concurrente suisse alémanique de Quartier des banques, en mini-série. Mais pas de Croque-mort ou de feuilletons antérieurs, comme la fiction hospitalière Tag und Nacht.

En revanche, Play Suisse offre deux navires amiraux de Zurich. D’abord la nouvelle grosse production de SRF avec Arte, Le Prix de la paix. Ensuite, des épisodes de Tatort, l’institution policière germanique qui a son orteil en Suisse. Là, on touche le cœur du patrimoine.


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