Les médias alémaniques l’ont baptisée «la femme serpent» depuis son deuxième rang à la finale de La Suisse a un incroyable talent cet été. La beauté et les contorsions improbables de Nina Burri séduisent aujourd’hui les jurés de la version française de l’émission, qui l’ont placée parmi les 30 demi-finalistes. Et pour couronner le tout, le cirque Knie l’a déjà engagée pour sa tournée 2013. «Pourquoi je l’ai choisie? Mais parce qu’elle me plaît bien sûr, réagit Fredy Knie entre deux répétitions. Elle est belle, expressive et techniquement au top.»

On craignait de ne pas la trouver sous le point de rencontre encombré de la gare de Berne. C’était mal la connaître, les grands yeux bleus magnétiques de Nina Burri et sa coupe à la garçonne la feraient ressortir de n’importe quelle foule. Une énergie et un enthousiasme contagieux émanent de cette Bernoise de 33 ans.

Sa grosse valise remplie de costumes de scène la suit partout. Elle était à Genève quelques jours avant pour animer une présentation de Swisscom, avant d’enchaîner sur une tournée de 15 jours dans toute l’Allemagne pour promouvoir le tourisme. Nina Burri travaille beaucoup pour des entreprises. Ensuite, ce sera la demi-finale du télé-crochet français en direct de Paris le 7 décembre, sur M6. «Je dois emménager avec mon copain à Zurich, mais je n’ai pas le temps», s’amuse-t-elle. «Ce sont mes parents qui vont amener mes affaires.»

Des soirées quasi monacales, un sacerdoce physique. Chaque jour, Nina Burri consacre trois heures à l’entraînement, seule dans sa chambre. «Je commence par une heure d’échauffement, afin de réveiller tous mes muscles et mes articulations, puis j’enchaîne par une heure de stretching avant de faire des exercices plus intenses comme toucher mes fesses avec ma tête», dit-elle dans un très bon français. «Je fais également de la musculation avec des haltères trois fois par semaine pour pouvoir tenir tous les enchaînements que je fais sur les mains.» La Bernoise parle vite, répond longuement. Elle aime évoquer son quotidien si particulier avec gaieté.

Pour tenir le rythme, Nina ne boit pas, ne fume pas, se nourrit sainement – elle est végétarienne – et ne boit pas de café. Elle n’avale rien dans les huit heures qui précèdent ses spectacles, qu’elle peut enchaîner à un rythme quasi quotidien. «Pour pouvoir réaliser certains mouvement, il faut bien respirer et c’est plus difficile le ventre plein», explique-t-elle. Toujours en mouvement, au travail, elle a dû renoncer à une certaine vie sociale.

Depuis ses 6 ans, Nina Burri a travaillé dur pour nourrir sa passion pour la danse classique. Dans son canton natal, d’abord, puis à la Staatliche Balletschule Berlin à 17 ans et au Rudra Béjart Lausanne à 20 ans, au-delà de l’âge limite d’admission. «J’ai tout fait en retard», rigole-t-elle. «Mais ça a passé parce que j’ai toujours fait moins que mon âge.» Sa capacité d’adaptation et d’interprétation compensent quelques faiblesses techniques. Elle est ambitieuse, elle en bave. Après quelques années dans diverses compagnies, elle postule au Moulin rouge, à Paris – «l’audition la plus facile que j’aie jamais passée. J’ai trouvé cela suspect». Elle enchaîne avec Berlin, puis Tokyo. «J’ai adoré cette ville et la nourriture japonaise, mais la hiérarchie est spéciale là-bas. Et j’ai dansé sur des musiques vraiment bizarres.» Nina Burri éclate de rire. Elle a promené son talent aux quatre coins de la planète.

La Bernoise aspire à un numéro plus personnel et a toujours apprécié l’univers du cirque. De Tokyo, elle s’envole donc pour l’école internationale des arts de Pékin pour y apprendre la contorsion et l’équilibre sur les mains, à 30 ans. Huit heures de travail par jour durant six mois avec des professeurs qui ne parlent rien d’autre que le mandarin. «Nous avions appris quelques mots clés comme oui, non, ou douleur, se souvient-elle. Les professeurs ne savaient pas comment se comporter avec les adultes car ils avaient l’habitude de travailler avec des enfants qui sont obligés de faire tout ce qu’on leur demande. Il fallait leur demander de pousser notre entraînement très loin, sinon, ils n’osaient pas.» Beaucoup d’étrangers échouent, se blessent, s’effondrent, mais pas Nina. Dure au mal, elle connaît le fonctionnement de son corps, sait ce qu’elle veut et semble construite pour cela. «J’ai de longues jambes et un tronc court, ça fonctionne bien pour la contorsion.»

Dans la famille de la Bernoise, on a l’habitude des reconversions. La sœur aînée de Nina était avocate avant de passer un CFC de couturière pour reprendre la boutique familiale de costumes traditionnels et de déguisements. «C’est elle qui va s’occuper de tous mes costumes, dit Nina. Celui de Golden Eye doit être refait chaque semaine car il perd de la couleur quand je transpire dedans… Il plaît beaucoup, mais je n’aime pas le mettre pour les présentations d’entreprises car les spectateurs sont tout près et que j’ai l’impression qu’on voit toute mon intimité quand j’écarte les jambes.»

Aujourd’hui, Nina Burri est souvent abordée dans la rue en Suisse alémanique. Sa célébrité lui a valu une avalanche de nouveaux contrats, mais elle a voulu participer à la version française de La Suisse a un incroyable talent pour se faire connaître en Suisse romande. «J’ai appris que rien n’est jamais acquis et qu’il faut toujours voir plus loin, dit-elle. Le succès arrive au bon moment et j’en ai trop bavé dans ma vie pour pouvoir prendre la grosse tête.»

Et après la tournée chez Knie en 2013? Peut-être des enfants avec Stefan Schwitter. Elle se verrait bien sur les planches aussi, «surtout dans des comédies». Elle a déjà joué dans plusieurs courts métrages et des pièces de théâtre et prend des cours. «On peut faire de la contorsion jusqu’à tard, dit-elle. J’ai participé à une convention de contorsionnistes en août à Las Vegas et j’ai rencontré une femme de 67 ans qui travaillait encore. Je n’ai pas de doute quant à mon corps, mais plus sur ma volonté et ma capacité à trouver de nouvelles idées. Je ne ferai cela que tant que les gens auront envie de me voir.»