«Dans ma classe, qui devrait être la bourgeoisie, je n'ai pas beaucoup de racines, car je suis issu d'une famille non conformiste, étrangère aux coutumes courantes et aux traditions». Italo Calvino naît en 1923 à Cuba, de parents farouchement de gauche. Il est très vite confronté à la dure réalité politique, puisque son plus ancien souvenir est celui d'un socialiste frappé par une bande de fascistes. Il n'est donc pas étonnant qu'il entre dans la résistance durant la Seconde Guerre mondiale. C'est de cette expérience que naissent ses premiers récits (Le Sentier des nids d'araignées, Le Corbeau vient en dernier).

«Je crois que la conscience civique et morale doit influer sur l'homme d'abord et ensuite sur l'écrivain»: Calvino ira jusqu'à militer activement au Parti communiste italien, qu'il quittera en 1957, parce que celui-ci ne se déstalinisait pas assez rapidement à son goût. A la fin de la guerre, il s'était installé à Turin et avait commencé à travailler pour la maison d'édition Einaudi grâce à Cesare Pavese. «Ma vie pendant une quinzaine d'années fut celle d'un rédacteur de maison d'édition, et pendant toute cette période j'ai consacré plus de temps aux livres des autres qu'aux miens.» Par la suite, affecté par ce qu'il appelle lui-même «une névrose géographique», il ne parviendra plus à séjourner longtemps dans une même ville.

«La ville que j'ai sentie comme ma ville plus que n'importe quelle autre est New York»: à l'instar de Turin, la métropole américaine est géométrique, elle invite à la rigueur et à la linéarité. Des caractéristiques qui sont aussi propres au style de Calvino, le plus français des écrivains italiens, qui trouvera à Paris un autre lieu de résidence privilégié. «Avant d'être une ville du monde réel, Paris, pour moi comme pour des millions d'autres personnes de tous les pays, a été une ville imaginée à travers les livres, une ville que l'on s'approprie par la lecture»: Paris, précise-t-il joliment, est plutôt le symbole d'un ailleurs qu'un ailleurs. Il y vivra de façon plus ou moins permanente à partir de 1967 comme dans un paradoxal ermitage.

Les livres se suivent et ne se ressemblent pas: «J'ai habitué mes lecteurs à attendre de moi toujours quelque chose de nouveau.» Calvino touche à tous les genres, y compris le livret d'opéra (La Vera Storia, pour Luciano Berio), adhère à l'OuLiPo, voyage beaucoup. En 1985, à sa mort, il laisse inachevé un cycle de six conférences destinées à l'Université de Harvard, qui seront publiées sous le titre Leçons américaines, aide-mémoire pour le prochain millénaire. Un millénaire que Calvino n'aura pas connu, mais auquel il a légué des inventions dignes «d'un prestidigitateur ou d'un charlatan»: personnages qui se présentent ouvertement comme des fabulateurs, mais qui sont au fond ceux «qui mystifient le moins».