Le Festival de Cannes n'est pas seulement un formidable événement culturel et mondain, c'est aussi un précieux baromètre de l'état du monde. Cette année, dans la seule sélection officielle (la compétition et la section Un Certain Regard), pas moins de 22 cinématographies sont représentées, dont certaines économiquement ou politiquement précarisées: Iran, Russie, Turquie, Mali ou Mexique. Par cette diversité des cultures – mais pas des sexes puisque aucune femme ne figure en compétition – Cannes exprime clairement son désir d'échapper à la bipolarité du marché mondial: d'un côté le géant américain, de l'autre l'Europe, avec la France comme leader financier. Les palmarès les plus récents (lire notre infographie en page 2) lui donnent raison: Palme d'or à la Grèce en 98, au Japon et à l'Iran en 97 et à la Yougoslavie en 95 avec un Kusturica qui, se considérant comme apatride, avait tenu à concourir sous le drapeau européen. A noter que la plupart des lauréats de ces trois dernières années, y compris l'Egyptien Youssef Chahine primé pour l'ensemble de son œuvre, ont été récompensés pour leur regard singulier sur la guerre ou les ruines occasionnées par elle.

Paradoxalement, la cuvée 99, loin des thèmes de violence qui avaient façonné les éditions précédentes, en appelle, a priori, à des thématiques plus intimistes et solitaires. Sauf Nikita Mikhalkov qui, avec sa grande fresque lyrique sur la Russie présentée hors compétition, devrait permettre en ouverture de festival de faire coïncider dans un même feu le cinéma et l'actualité.