Un jour, une idée

Le plus petit musée de Suisse

Christian Lecomte

Des valises, beaucoup de valises. Voilà ce qui saute aux yeux en poussant la porte du Musée de l’immigration situé dans une arrière-cour de l’avenue de Tivoli, à Lausanne. Et dans ces valises que le visiteur peut ouvrir, des objets, pièces d’identité, photographies jaunies, vieux journaux, cartes postales d’antan, une paire de chaussures (celle qui a tant marché), souvenirs du pays quitté. De vrais bagages légués par de vrais voyageurs à ces 30 m2 d’humanité qui rappellent le trajet des immigrés, témoignent du déracinement et du rêve d’une vie meilleure. Le plus petit musée de Suisse (qui fait cependant partie de l’Association des musées suisses) «est grand par le cœur», dit Ernesto Ricou, cheveux blancs dans le vent, moustache à la Dali, qui a imaginé cet espace. Lui-même a fui le Portugal dans les années 70. Destination la Suisse, des études aux Beaux-arts à Genève, l’enseignement des arts visuels, la retraite désormais et ce lieu de la mémoire qu’il a fondé en 2005.

Une table ronde au milieu, ou «place du village», le triangle spirituel en hauteur, ensemble de briques où sont imprimés les noms de migrants. L’écrivain Charles Ferdinand Ramuz, «esprit de tolérance par excellence», est omniprésent grâce à ses livres et à des portraits de l’artiste. Ernesto Ricou raconte que l’idée de ce Musée de l’immigration est venue lors d’un voyage à Ellis Island, la terre où les immigrés posaient le pied à New York avant d’être triés et enregistrés par les médecins. Il a été choqué par le bâtiment monumental et les photos au mur des exilés entassés. Et le regard perdu des enfants…

Au premier étage, des chaises et l’impression de se retrouver dans une petite classe. Des écoles viennent là entendre parler de dialogue interculturel, d’immigration brésilienne, africaine, maghrébine, asiatique, «de l’origine de chacun qu’il ne faut pas cacher et ne jamais oublier». Le musée survit grâce à des dons de particuliers et des subventions (Etat de Vaud, Loterie romande, Office fédéral des migrations). Il rassemble des bénévoles engagés dans le soutien aux déracinés. Ernesto Ricou est souvent absent ces derniers temps. Il se rend au Café social où affluent des réfugiés, notamment de l’Afrique subsaharienne. «Ils viennent manger, se laver,

envoyer ou recevoir du courrier. Il y a beaucoup de très jeunes parmi eux, presque des gamins, et aussi énormément de personnes hautement diplômées, des artisans, des intellectuels», explique Ernesto. Qui rappelle que son cher espace participera le 26 septembre prochain à la 15e Nuit des musées, au même titre que d’autres plus grands et plus prestigieux.

Musée de l’immigration,

Avenue de Tivoli 14,

1007 Lausanne,

tél. 021 648 26 67.

Entrée libre.