Musique

PNL, nouvelle icône du rap français

En une année à peine, le duo est passé de la banlieue parisienne aux sommets des charts. Sorti il y a à peine plus d’une semaine, son deuxième album, «Dans la légende», est déjà certifié disque d’or. Retour sur la trajectoire d’un phénomène qui séduit au-delà des cités

Les frères Ademo et N.O.S, de leurs vrais noms Tarik et Nabil, ont commencé chacun de leur côté, au cœur de la cité des Tarterêts de Corbeil-Essonnes, en banlieue parisienne. Sans succès. En 2014, ils décident de se réunir sous l’acronyme PNL – comprenez Peace’N’Lovés, soit paix et argent, les «lovés» signifiant les sous en argot. Un nom à trois lettres, choix qui n’est pas anodin dans le paysage du rap français. En témoigne le succès de IAM et NTM, et l’émergence au sein de la fourmilière actuelle de SCH, MHD ou JUL.

Le projet PNL débute par des clips postés sur YouTube. Les deux frères aux origines mêlées corses et algériennes parlent principalement de leur quotidien de dealers de shit. Mais aussi d’une réalité qui traduit l’impasse dans laquelle vivent les jeunes des quartiers, en quête d’élévation sociale. Le buzz opérera à l’été 2015, quelques mois après la sortie d’un premier album, «Que la famille», avec le désormais classique «Le monde ou rien» et son clip esthétisé, tourné à Scampia dans la banlieue de Naples.

Look branché préférant Louis Vuitton à Nike, rap vocodé sur instrumental aérien, bande de potes en arrière-plan: PNL emprunte les codes du cloud-rap américain, sous-genre réunissant des phrasés nerveux sur un beat atmosphérique, tout en affirmant sa singularité, utilisant le verlan et l’argot des cités françaises. Si le duo s’attire d’abord quelques moqueries, il suscite vite l’excitation dans amateurs de rap comme des bobos parisiens, et force le respect de ses collègues. Ainsi du rappeur Oxmo Puccino, qui ira jusqu’à dire que «la rue n’a depuis longtemps jamais été aussi bien chantée».

Aucune promotion

Un an plus tard, PNL sort de sa bulle. Son deuxième album, «Le monde Chico», paru à l’automne 2015, est devenu disque d’or en France. Ses clips, cumulant des dizaines de millions de vues, s’offrent à chaque fois une nouvelle destination. Ainsi, après Naples, Tarik et Nabil sont allés visiter l’Islande, la Namibie, le Japon et récemment le Mexique pour un «tube de l’été». Dans «J’suis QLF», les deux frères apparaissent pectoraux bombés, lunettes fumées, joint dans la main, au bord de mer en compagnie de leur clique. Tout un programme.

Cette belle ascension les a amenés à se produire au Montreux Jazz Festival. C’était en juillet dernier. Sur scène, avalanche de selfies dans une ambiance fraternelle où la qualité sonore est mise de côté. Seul prime l’image que PNL renvoie à ses fans. Un aspect que les Français contrôlent tout particulièrement. Pas de site internet, pas de maison de disques, pas d’interviews dans les médias. Aucune promotion. Leur communication s’opère uniquement à travers les réseaux sociaux et la diffusion de leurs vidéos sur YouTube. Un marketing dans l’air du temps qui a su trouver son public, majoritairement adolescent. Preuve en est, «DA et Le monde ou rien» ont aujourd’hui dépassé la barre des 50 millions de vues, et chaque nouvelle vidéo franchit le million en à peine 24 heures.

Le groupe «tease» son nouvel album depuis huit mois, dévoilant ses premiers morceaux par des clips distillés au compte-gouttes. «Dans la légende» est sorti le 16 septembre, un titre qui en dit long sur la fierté non dissimulée des deux frères des Tarterêts. Ses seize pistes reprennent avec réussite la recette qui a fait le succès de PNL. Si la musique ne se risque pas à prendre un virage, l’engouement n’arrête pas sa course et continue de prendre de l’ampleur. Ce troisième enregistrement squatte les premières places des ventes iTunes en Belgique et en Suisse, et est déjà certifié disque d’or en France avec plus de 50 000 copies écoulées. Il a également battu le record du nombre d’écoute en un jour sur Spotify France, avec plus de 1,8 million de streams.

Rien n’est gratuit

Les rappeurs tirent leur épingle du jeu en cultivant le mystère, certes, mais aussi à travers le message et les symboles qu’ils véhiculent. Ademo et N.O.S sont aujourd’hui précurseurs d’une nouvelle vague, désacralisant les codes d’un rap ghettoïsé. Chez eux, pas de belles bagnoles, pas de filles en string, pas d’armes aux poings. Le duo se la joue solo. Sur ses albums? Aucun featuring. Dans ses clips? A deux dans la savane («La vie est belle») ou au bord d’une piscine avec ses potes («J’suis PNL»).

Les Parisiens prônent une réussite sociale, où les «lovés» ne servent pas une mégalomanie bling bling mais une vie confortable faite de vacances autour du monde. Avec l’idée qu’il faut en faire profiter sa bande de potes, «la famille», qui joue au jeu vidéo FIFA en mangeant des tartines au Nutella. Sur leur page Facebook, un jeune fan se plaignait du prix élevé du T-shirt à l’effigie de ses idoles. PNL de répondre: «Rien n’est gratuit dans la vie… alors tu nous ramènes une note au-dessus de 15 dans une matière comme les maths ou le français et on te l’offre.» PNL ou le nouveau modèle «peace» du rap.


PNL, «Dans la légende», QLF Records/Musicast.

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