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Le Poche dynamite le bonheur en kit

Depuis lundi, la petite salle genevoise présente «Unité modèle». Une satire acidulée des ventes d’appartement qui associent frauduleusement nouveau lieu avec nouvelle vie

C’est une pochade piquante et parfaitement réglée. Une satire qui dynamite le stéréotype du bonheur en kit. Ce n’est ni révolutionnaire, ni suffisamment oppressant pour qu’on regarde de travers son propre appartement, mais «Unité modèle», du Québecois Guillaume Corbeil, a sa jolie logique, celle de la ritournelle. Deux représentants, un garçon, une fille, nous serinent un nouveau logis et, avec, une nouvelle vie. C’est ainsi dans la cité Diorama: y habiter, c’est se réinventer. A coups de conditionnels hilarants (vous desserreriez votre cravate, vous lui enverriez votre plus beau sourire) et de clichés forcément enfermants. Sous la direction de la Genevoise Manon Krüttli, les acteurs Julien Jacquiéroz et Céline Nidegger sont parfaits en serial vendeurs plastifiés et le spectacle, un sloop dans la formule du Poche, rafraîchit comme une friandise acidulée.

On est ce qu’on fait, ce qu’on mange, ce qu’on porte, etc.

Bien sûr, c’est évident: non seulement, on est ce qu’on fait, mais en plus, on est où on habite. Et si ça ne suffit pas, on est ce qu’on mange, ce qu’on porte comme vêtements, ce qu’on va voir au cinéma, etc. Guillaume Corbeil est un auteur habile qui, à 35 ans, a reçu de nombreux prix pour sa plume alerte et fine. Il en fait la preuve dans cette parodie où les commerciaux sont aussi les victimes de leur propre boniment. Le bonheur à deux associés au meublé, ils y ont également cru et sortent éreintés de ce paradis préfabriqué. L’idée est simple: renvoyer le spectateur à la classique confusion entre épanouissement personnel et consommation. Le procédé n’est pas plus compliqué: un récit détaillé des logements de cette cité, avec, dans chaque pièce, la vie rêvée de locataires imaginaires.

La fête de tous les consommateurs

A ce jeu, chanté et dansé – merci les Spice Girls! –, Céline Nidegger et Julien Jacquiéroz sont convaincants. Avec un petit plus pour la comédienne expérimentée, dont l’interprétation, dans le sucré comme dans l’amer, est plus incisive. Le déhanché va avec les costumes étonnants de Paola Mulone. Une combinaison rayée pour elle, créature masquée montée sur talons. Un ensemble hip-hop pour lui, casquette et baskets azurées. Et pour tous les deux, des ballons dans le dos, signe que ça va être notre fête, celle de tous les consommateurs.


Unité modèle, jusqu’au 29 janvier, Poche, Genève, 022 310 37 59, www.poche---gve.ch

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