La force des dialogues. Ce constat, la présence de dialogues incisifs, jouissifs, est revenu fréquemment au Théâtre Le Poche hier en présentation de saison. L’art des Anglais, bien sûr, comme Patrick Marber, dont la directrice Françoise Courvoisier crée Closer (10-30 sept.). Mais aussi la patte des Français, Yann Reuzeau et ­Sébastien Thiery, qui signent des satires politiques et sociales sur fond de présidentielles et de mondialisation. Ou encore les dialogues des abysses, ceux qui disent peu en surface mais sont agités de tourments sous-jacents. Ceux-là sont suédois et signés Lars Noren, grand maître de l’effroi. L a Force de tuer sera montée par Philippe Lüscher en automne, une météo qui sied bien aux relations ombrageuses. Jean-Pierre Malo, acteur colossal, jouera le père dans un duel générationnel où une jeune fille représente un enjeu sexuel (15 oct. -30 nov.).

Mais le verbe ciselé n’est pas, et de loin, le seul atout de cette saison qui est la dizième de Françoise Courvoisier. La directrice a redit la mission du Poche: donner la priorité aux auteurs vivants et, si possible, à des textes inédits. C’est le cas d’une des créations-événements de la saison: un récit épique autour de la figure de Jean Jaurès écrit et mis en scène par Dominique Ziegler. Dixième spectacle du joyeux pourfendeur des injustices mondiales, Pourquoi ont-ils tué Jaurès? enquêtera sur «l’inconnu le plus célèbre de France», a expliqué l’auteur. «Que sait-on de Jaurès, si ce n’est qu’il était pacifiste et qu’il a été assassiné à la veille de la Première Guerre mondiale?» Dans le même esprit qu’il l’a fait pour Calvin, Dominique Ziegler tentera de raconter «l’homme, le politicien et le monde qui l’entourait». Frédéric Polier, cerveau lettré dans un corps de lutteur, incarnera ce «chrétien qui croyait dans la République».

Gauche encore, mais plus dissidente, celle de José Lillo, metteur en scène dont Elseneur-Machine se joue depuis hier soir au Théâtre Saint-Gervais. En fin de saison, Lillo adaptera pour la scène Gorgias, «le plus animé et le plus féroce des dialogues platoniciens». Qui interroge «la vérité désarmée face à la toute-puissance rhétorique». Ou comment le mensonge organisé des élites parlantes tue la démocratie (du 8 au 28 avril).

La démocratie? Peut-être Roger Federer y pense-t-il lorsqu’il tape la balle après ses corn flakes matinaux? En tout cas, durant le jeu, le champion fait le vide entre deux coups, quand d’autres idoles du tennis se frappent le torse pour s’encourager. C’est une des raisons pour lesquelles Denis Maillefer et Bastien Semenzato aiment Roger et le prouvent dans In Love with Federer. L’an dernier, André Agassi a eu les honneurs de Vidy. Cette année, c’est Federer qui est l’objet d’attentions théâtrales au Poche, avant l’Arsenic, à Lausanne, et Sierre où Maillefer dirige le Théâtre Les Halles (18 fév.- 10 mars).

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