Genre: Anthologie
Qui ? De Charles Baudelaire à Henri Michaux
Titre: Poètes en partance
Chez qui ? Poésie/Gallimard, 150 p.

Voici «Zone» d’Apollinaire, où le poète lassé de la tour Eiffel en «bergère» veillant sur le «troupeau des ponts», voyage par le seul pouvoir de ses vers, énonçant comme autant d’évidences les lieux où il se rêve: «Maintenant tu es au bord de la Méditerranée/ Sous les citronniers qui sont en fleur toute l’année.» Ce pouvoir ailé et réel du verbe, cette puissance véridique de l’énonciation poétique est à vérifier en lisant ces Poètes en partance, De Charles Baudelaire à Henri Michaux; une petite anthologie du voyage poétique du XIXe au XXe siècle qui, comme il se doit, se glissera discrètement dans n’importe quel pli de vêtement ou de bagage, léger et dense.

Sophie Nauleau édite ce recueil où elle a réuni 42 grands rêveurs de la langue française, prêts à mettre les voiles. Plus que le vent des routes, c’est l’appel du voyage qui résonne, à nos yeux, dans leurs phrases; ce parfum de grand large, ce désir de partir, s’arrachant aux amours et aux choses anciennes, imaginant déjà ce que l’on va trouver. «Quand on aime il faut partir», Cendrars et son injonction sont là. Aussitôt dit, voilà Philippe Soupault qui, lui, navigue en chambre: «Les maisons deviennent des transatlantiques/ le bruit de la mer est monté jusqu’à moi/ Nous arriverons dans deux jours au Congo»; ­attention à la «Dépression sur l’Atlantique» que prédit Paul Morand!

Et il serait fou de partir sans avoir lu les «Conseils au bon voyageur» de Victor Segalen, arpenteur de la Chine pour que «...sans arrêt ni faux pas, sans licol et sans étable, sans mérites ni peines, tu parviendras, non point, ami, au marais des joies immortelles,/Mais aux remous pleins d’ivresses du grand fleuve Diversité».