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Livres

La poésie au bout du fil

Julie Gilbert a lu ses textes au téléphone à des inconnus entre Genève, Montréal et Los Angeles. Un choix de ses créations paraît aujourd’hui

Ces 69 poèmes en prose sont nés d’une performance. Entre 2011 et 2016, 200 personnes ont commandé un poème à Julie Gilbert, que l’auteur leur a lu au téléphone, ou qu’elle a laissé sur leur messagerie. A rebours des appels des instituts de sondage ou de marketing, un autre langage se faisait entendre, ouvrait des possibles. Cela se passait entre Genève, Los Angeles et Montréal. Aujourd’hui, un livre, Tirer des flèches, réunit un choix de ces textes et compose un ensemble très cohérent.

Description condensée

Julie Gilbert décrit des atmosphères avec précision, entre une «forêt cendrée de bouleaux» canadienne, les highways de Los Angeles et Genève apparaissant comme flottant «au milieu du lac». Elle cherche des signes, attend, reste silencieuse, laisse le monde venir à elle, une certaine sauvagerie aussi, positive: celle de l’océan ou le contour d’un puma, aperçu «contre la vitre froide» d’une rue genevoise. Pas de fiction, d’histoires, juste la description condensée de ce qui passe. Une écoute double: celle de la vie intérieure et celle du monde extérieur, tous deux se répondant intimement.

Un monde «devenu sourd»

L’auteur parvient à entendre ce qui ne s’entend plus, dans un monde «devenu sourd»: le non-spectaculaire, un rythme profond auquel elle devient perméable. Dans la maison du Chant du Coq, sur l’île Verte, sur le fleuve Saint-Laurent, elle écrit: «Il est des moments doux comme des forêts», alors qu’au loin passent «des vraquiers pleins de fer ou de blé». Elle porte attention aux détails pour se laisser surprendre par «le sursaut d’une joie profonde», et par l’ivresse. Ce qui intéresse Julie Gilbert, c’est l’espace entre les choses, ces moments suspendus dans nos vies précipitées, encombrées:

«On file sur les arêtes du monde. On file. A toute allure. Ventre à terre. Sans prendre la peine de lever le regard. Ni à droite. Ni à gauche. On file, cherchant à relier le béton au béton, les rues aux rues, les hommes aux hommes, les éclats aux éclats, cherchant à créer comme un long tunnel, une longue continuation qui enjambe ce qu’on voit parfois comme des creux, des vides, du rien.» Tout est question d’attention, c’est la condition pour surprendre «le surgissement de l’été». Le lecteur, comme l’auteur, «s’engouffre» avec joie dans ces petits espaces de réel.

Julie Gilbert a grandi en France et au Mexique. Elle habite aujourd’hui Genève. Scénariste pour le cinéma et le théâtre, elle est cofondatrice de la société de production Les Films du Tigre et signe ici son quatrième ouvrage. On pourra l’entendre le lire vendredi prochain, le 11 mai, aux Journées littéraires de Soleure, à 15h.


Julie Gilbert, «Tirer des flèches», Héros-Limite, 72 pages

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