Gilles Laubert, c’était un cri fait poème. Une blessure devenue grandeur. Ses héroïnes étaient Médée (il monte la tragédie d’Euripide au Théâtre de Carouge en 1979) et Antigone. Cet auteur, acteur et metteur en scène franco-suisse était de la famille des résistants: ses tristesses étaient le ferment de ses révoltes, l’écriture montait comme la lave du cratère; elle brûlait. Il est décédé le 8 mai à l’âge de 62 ans.

Le théâtre a été son salut. Enfant, il est violé par un instituteur et devient dyslexique. Il a raconté cette histoire dans L’Abus, monologue qu’il écrit et joue à Genève en 1996. Sa dignité, il la conquiert en jouant Brecht ou Jarry, dans les années 1970 à Carouge, grâce aux metteurs en scène André Steiger et François Rochaix. Il crée sa troupe, la Compagnie de la Michaille qui deviendra le Théâtre du Cri.

«Le destin des déclassés»

«Je suis homo et communiste, tous les défauts», lâchait-il parfois. L’un de ses textes s’appelle Sur les bords. Directeur du Théâtre Saint-Gervais, Philippe Macasdar a produit ses spectacles: «C’est l’un de nos grands auteurs, un qui a su dire le destin des déclassés. Sa langue est concrète et subversive, marquée par Pierre Guyotat et Valère Novarina, deux écrivains qui désaxent l’ordre des mots. L’un de ses talents a été de faire parler des personnages féminins, je pense à Elles parlent aux animaux, suite de monologues bouleversants .»

Gilles Laubert se partageait entre Annecy et le Sénégal, sa patrie d’âme. Il y a monté une Antigone mémorable, présentée au Théâtre Saint-Gervais en 2003. La saison prochaine, le cinéaste Jacob Berger montera au Poche de Genève Aminata, sa dernière pièce.