Salon du livre

Les poètes de Christiane Taubira

Invitée du Salon africain à Genève, l'ancienne garde des Sceaux française dialogue dans ses livres avec une foule d'auteurs

«J’ai besoin des oiseaux pour parler à la foule», dit Paul Eluard. Cette phrase figure en belle place dans le petit livre que l’ancienne garde des Sceaux a consacré à la déchéance de nationalité, Murmures à la jeunesse. Il vaut comme profession de foi. Car lire les livres de Christiane Taubira, c’est découvrir sa vie, ses combats, ses idées, mais aussi se promener dans une forêt de noms et de mots.

Si je meurs survis-moi...

Ses textes sont en dialogue perpétuel avec les écrivains, les poètes qu’elle aime. Ils sont habités par l’imaginaire des autres, qui s’y installent comme chez eux, prêts à appuyer, développer, enchanter un propos.
Il n’y a pas de snobisme à ça. Pour preuve, la présence, partout, de la chanson, des chansonniers, de leurs ritournelles. Nina Simone – «I put a spell on you» –, Ella Fitzgerald – «Cry me a river» –, Billie Holiday – «Don’t explain» – apparaissent en anglais dans Murmures à la jeunesse, mais aussi Brassens – «Pour l’Auvergnat» –, Juliette Gréco, et même Barbara- «J’attendrais que ma joie revienne, qu’au matin je puisse sourire…».
A côté d’eux, des poètes et leurs mots. «Il y a sur cette terre ce qui mérite de vivre/Les hésitations d’avril/L’odeur du pain à l’aube/Les opinions d’une femme sur les hommes/Les écrits d’Eschyle/Les débuts d’un amour/De l’herbe sur les pierres», dit Mahmoud Darwich. Aimé Césaire ajoute: «Le monde se défait. Mais je suis le monde.» Plus loin, Pablo Neruda console: «Si je meurs survis-moi par tant de force pure que soient mis en fureur le froid et le livide.»

Fais de moi toujours un homme qui interroge

Impossible de lister les innombrables curiosités littéraires de Christiane Taubira. Mais certains noms reviennent avec insistance, qui parlent d’esclavage et de révolte, du tout-monde: Frantz Fanon – «Mon ultime prière, ô mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge»; Aimé Césaire – «Nous nous réclamons de la démence précoce, de la folie flambante, du cannibalisme tenace»; Edouard Glissant, son «tremblement», sa «mondialité»; Léon-Gontran Damas et sa «poésie écorchée»; et bien sûr Toni Morrison, dont elle salue, dans Mes Météores, les «héroïnes, émouvantes et indomptables».

Etonner la catastrophe...


Sous ses pas, les langues se mêlent. Il y a du créole, de l’anglais, de l’espagnol. Antonio Machado: «Caminante no hay camino/Se hace camino al andar» – «Marcheur, le chemin n’existe pas/C’est toi qui l’ouvres en marchant…»

Victor Hugo, enfin, celui des Misérables, qui, en épigraphe aux Murmures, invite à «étonner la catastrophe par le peu de peur qu’elle nous fait».


 Christine Taubira est l'invitée du Salon africain au Salon du livre de Genève mercredi 27 avril. 15h, Dédicace, 16h Une heure avec Christine Taubira

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