Librairies du monde

Poètes et marins à la fête

Où lire à proximité de la City Lights? Au bar Vesuvio, peut-être. A moins de choisir le Specs, repaire des fêtards et des poètes

Le 18 avril 1906, San Francisco s’effondre. Les quelques constructions que le tremblement de terre épargne sont ravagées par les flammes. Le bâtiment dans lequel est aujourd’hui City Lights est complètement détruit. Comme le reste du quartier d’ailleurs. Les maisons et les commerces de Columbus Avenue, cette rue qui coupe la ville en diagonale, sont en ruine.

L’année suivante, l’architecte ­Oliver Everett reconstruit l’édifice triangulaire, dont il ne restait que les arcades de briques, vestiges de la cave. A la demande des propriétaires du bâtiment, les Français Emile et Jean Artigues, Oliver Everett s’inspire de constructions néoclassiques. Depuis lors, la bâtisse n’a guère changé. Quelques renforcements ont été réalisés, pour éviter que la librairie ne croule une nouvelle fois, lors d’un prochain tremblement.

Les quartiers qui entourent City Lights sont, eux aussi, restés semblables. La librairie est, comme autrefois, au point de rencontre des districts chinois et italiens avec les gargotes du quartier chaud de North Beach. Ici, entre les néons colorés de bars obscurs, les nappes à carreaux des pizzerias se mélangent aux promesses de fritures chinoises. «Cette partie de la ville était habitée par les immigrants de classe ouvrière, explique Paul Yamazaki. Mais il y avait déjà les bars, pour les marins.»

Depuis les années 1950, comme sur les étagères de City Lights, les beatniks ont marqué leur passage. Le bar Vesuvio, tout à côté de la librairie, avec ses recoins obscurs et ses vitraux de couleur, leur rend hommage. Comme Specs d’ailleurs, minuscule repaire des fêtards, poètes et marins. Des établissements que Paul Yamazaki qualifie d’«institutions» parce que, comme City ­Lights, ils sont là depuis des décennies. Et aussi parce que, comme la petite librairie, ils ont des habitués qui, fidèlement, qu’ils soient visiteurs étrangers ou habitants du quartier, reviennent s’attarder entre les zincs et les nouvelles éditions.

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