Difficile d’imaginer voix plus anglaises que celles réunies pour l’opéra Didon et Enée de Purcell, dimanche au Festival Bach de Lausanne. Le public avait le souffle suspendu dans l’ultime choeur qui clôt cette tragédie intimiste. Il fallait entendre les jeunes choristes de l’ensemble The English Concert, aux voix transparentes, magnifiquement soudées, d’une justesse admirable, à nu.

Ce concert coproduit avec l’Opéra de Lausanne marquait l’ouverture du 19e Festival Bach de Lausanne. Le chef-claveciniste Harry Bicket et ses musiciens du English Concert ont mis du temps avant de trouver leurs marques dans l’acoustique relativement sèche de l’Opéra de Lausanne. A l’exception du baryton David Stout et de la mezzo-soprano Susan Bickley, tous les solistes étaient des jeunes chanteurs, d’un très bon niveau, appelés sans doute encore à s’épanouir dans les carrières qu’ils mènent.

Sonorités fines, transparentes, mais un peu ténues

Dès les premières notes, on est frappé par la sonorité des cordes, fines, transparentes, quoique un peu ténues (et pas toujours très sûres du point de vue de l’intonation). Il manque du relief à cette première partie tissée autour d’extraits du Fairy Queen de Purcell. On se concentre alors sur les voix, celle du baryton David Stout qui chante l’air «Hush, no more, be silent all» avec des pianissimos remarquables. Plus loin, la soprano Mary Bevan émeut dans la complainte «O let me weep». Sa comparse belge Sophie Junker possède un timbre clair, aux éclats radieux. Mais l’on reste un peu sur notre faim.

Avec Didon et Enée, on monte d’un cran pour l’investissement des chanteurs et des musiciens. A nouveau, Mary Bevan séduit par la sensualité de son timbre en Belinda. Il suffit que Susan Bickley se lève et avance sur scène pour composer son personnage de magicienne. La qualité du chant, la diction remarquable font qu’elle captive toute la salle. L’Enée de David Stout est tout aussi émouvant, suggérant l’abattement du héros troyen condamné à quitter les rives de Carthage pour fonder la ville de Rome dans le Latium. On devine ses tourments, ses remords; il va jusqu’à implorer Didon de le laisser revenir à elle. Mais celle-ci proclame: «Away, away!», décidée à subir son sort et à mourir pour l’homme qu’elle aime.

Une Didon à l’émotion sincère et intériorisée

Susanna Hurrell (une soprano) campe une Didon à l’étoffe vocale certes moins impressionnante que d’autres. Mais la sincérité des accents, l’émotion très intériorisée dans son lamento «When I am laid in earth» sont splendides. Les parties de guitare ajoutées en guise d’interludes (non écrites dans la partition originale) apportent une once de mystère. Et l’on sent cette tension sourde qui sépare la reine outragée de l’homme qu’elle aurait voulu conquérir. Encore une fois, les voix chorales sont d’une transparence cristalline, et l’ultime chœur achève d’émouvoir le public.


19e Festival de Lausanne, jusqu’au 27 novembre. www.festivalbach.ch