le temps des séries TV

Poison familial en Suède

Le point de départ est on ne peut plus classique: une réunion de famille. Anna-Lisa Waldemar, qui tient la pension de famille avec son fils Oskar, convoque les deux autres enfants, Lasse et Joana. Ses relations avec eux paraissent oscillantes voire exécrables. Venant avec sa fille, Lasse est obsédé par des soucis d’argent. Joana commence à percer comme actrice et ne se voit pas revenir sur l’île où se trouve la maison familiale, dans l’archipel d’Åland, entre la Suède et la Finlande. Les retrouvailles sont tendues, corsées par l’éternel mystère du départ du père.

Puisque nous sommes au Nord, la réunion de famille peut faire penser à Festen. L’Héritage empoisonné (Tjockare än Vatten), mini-série suédoise montrée par Arte ces temps et proposée en rattrapage, débute avec ce dispositif de la réunion de clan. Dans l’actualité des séries plus immédiate, on peut penser à Bloodline, la tragédie familiale lancée il y a quelques semaines par Netflix. Surtout que, dans les deux feuilletons, le cadre – Floride paradisiaque d’un côté, belle nature sauvage et littoral scandinave de l’autre – sert de décor en contrepoint aux déchirures des proches parents. La fiction suédoise a pour première originalité de reposer sur la mère, pas le père ou les parents. Actrice aussi belle qu’émouvante, Stina Ekblad incarne une Anna-Lisa mystérieuse, tragique, annonçant quelques laconiques consignes à ses enfants avant de se suicider.

C’était pour le premier épisode. La tonalité dramatique se charge d’acidité dans le déroulement, lorsque les trois enfants se trouvent confrontés à une exigence, voire un chantage, à propos de la délivrance, ou non, de l’héritage, en particulier la pension. Tous trois sont contraints à un rapprochement dont ils ne veulent pas, qu’ils sont peut-être même incapables d’assumer, encore moins de tenir.

La mini-série écrite par Henrik Jansson-Schweizer est axée sur cette tâche réclamée. Là encore, le propos paraît classique, puisque les héritiers vont s’écharper autour du pactole. Sauf qu’ici, l’histoire se fait subtile, puisque c’est l’exigence posée par la mère qui brouille les cartes. Les jeunes ne se déchirent pas pour en avoir davantage, pour s’accaparer des richesses ou modifier la répartition de ce qui est légué. Ils se divisent sur la mission à remplir, ou non. Une autre manière de révéler une crise au sein du clan, et d’accroître les tensions dans la campagne, non loin des petits ports de pêche.