Rattrapé par la justice américaine en répondant à l’invitation du Festival de Zurich et depuis assigné à résidence à Gstaad, le cinéaste Roman Polanski a été honoré par celui de Berlin, qui l’a sacré meilleur réalisateur pour The Ghost Writer. Le film a décroché samedi l’Ours d’argent. Et c’est, pour la Tribune de Genève, une affaire d’«embarras», «causé en grande partie, le suppose-t-on, par des raisons extracinématographiques. L’ignorer au palmarès aurait été une aberration.» Mais «bien sûr, précise AlloCiné, d’aucuns verront une certaine malice dans le choix du jury de Werner Herzog», qui s’est tourné vers Polanski. D’autant que Variety estime que c’est son œuvre «la plus commerciale depuis Chinatown (1973)», relève le blog «Le Western culturel» de Courrier international.

Coup de bol, quand même? «Chacun se doutait que le monde du cinéma manifesterait sa solidarité», écrit La Croix: «par chance», ce film «est une œuvre brillante, avec des résonances contemporaines et des accents prémonitoires sur l’acharnement médiatique». Le Hollywood Reporter rapporte que ce prix, «le plus controversé» du palmarès, pourrait en effet «être interprété comme un signe de solidarité envers le cinéaste». Pourrait: un conditionnel que France Info qualifie d’«aimable litote». Le Financial Times ose carrément parler, lui, d’une récompense «pour un martyr du cinéma».

Tandis que Die Welt tranche («L’Ours est manifestement un acte de solidarité», voire un «signal politique»: «Un festival a couvert d’opprobre Polanski […] Un autre festival, celui de Berlin, l’a réhabilité, au moins sur le plan artistique»), le Spiegel estime quant à lui que la Berlinale étant une plateforme de lancement de talents, elle aurait mieux fait de récompenser un jeune cinéaste. Quoique c’est aussi ce qu’elle a fait en attribuant l’Ours d’or à un outsider, le film turc Miel, tempère le Guardian: «C’est tout fait son style.»

«Ce jury s’était promis «de ne juger le film […] et rien que le film». Récompense ultra-méritée, donc, et courageuse, juge Télérama: on se doute que certains dénonceront le prix attribué à ce violeur d’enfant à la dangerosité extrême». C’est dans la foulée de Bernard-Henri Lévy, qui n’en manque jamais une et écrit sur le site La Règle du Jeu qu’«il y a encore des hommes et des femmes d’honneur – le jury du Festival de Berlin – qui ne se laissent pas intimider par la meute et qui, face à un chef-d’œuvre, osent encore crier au chef-d’œuvre. […] Il y a des tempéraments – Roman Polanski lui-même – qui ne se laissent pas intimider par la meute lâchée à leurs trousses et qui croit les avoir acculés et détruits.»

Comme Polanski a été «sacré meilleur réalisateur, [cela] suscitera sans doute des discussions au sujet de son procès», croit enfin savoir Le Quotidien du peuple chinois. Mais ce serait naïf de le penser, selon la Gazeta Wyborcza. Et de toute manière, pour elle, «Polanski est une figure de premier plan. Donc, c’est un geste juste, qui devait être prévu dès le début du festival.» Cousu de fil blanc, en quelque sorte…