Polanski victime de l’obscurantisme

Locarno Le cinéastea renoncé au voyage

Coup de griffe

Roman Polanski a commis une faute en contraignant une mineure à des relations sexuelles. En 1977, il a fui la justice spectacle des Etats-Unis et tourné de grands films en Europe. Son passé l’a rattrapé inopinément en 2009 à Zurich et lui a coûté dix mois de privation de liberté. Aujourd’hui, pour reprendre les mots martelés par Marco Solari en ouverture du festival qu’il préside, Polanski est un homme libre dans notre pays. Sa présence à Locarno, où il devait donner une leçon de cinéma, auréolait de prestige la manifestation et réjouissait les cinéphiles. Mais pour éviter les «tensions et controverses» liées à sa présence, le cinéaste vient d’annuler le rendez-vous tant attendu.

Lorsque Polanski a présenté La Vénus à la fourrure au Festival de Cannes, personne n’a bronché. En Suisse, de braves gens se sont émus. Un violeur d’enfants sous notre soleil? Jamais. Pardonner, comme l’enseigne la Bible et comme l’a fait la victime? Jamais. Pour ces obscurs, le crime de Polanski est imprescriptible. Nourrie par le courrier des lecteurs, la polémique a enflé jusqu’à ce que tombe hier la décision du cinéaste. «Un triste jour», souligne Carlo Chatrian, directeur artistique. Triste jour pour le festival, pour la Suisse, pour la démocratie. Une atteinte à la liberté d’expression, une négation de l’esprit d’ouverture.

Ce ne sont pas les garants de l’ordre moral, ni les défenseurs de la pureté enfantine qui ont remporté une victoire à Locarno. Ce sont les propagateurs de l’obscurantisme, les forces réactionnaires croissant dans l’ombre de la Lega, toujours promptes à attaquer une manifestation dont l’audace artistique, la curiosité et la tolérance heurtent leurs convictions de médiocres. Ces cloportes ne méritent pas le Tessin multiculturel et rayonnant que défend le festival depuis près de sept décennies.