L’argent, toujours l’argent. Quand les temps se font plus durs, le cinéma le reflète et, à Cannes cette année, cela se remarque dans un film sur deux. Mais celui qui sera allé le plus directement au cœur du problème est encore Cogan: la mort en douce de l’Australien Andrew Dominik. Sur le papier, un simple polar interprété et produit par Brad Pitt. Sauf que, cinq ans après l’assassinat par Hollywood de leur ambitieux L’Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, ce grand admirateur de Terrence Malick et David Lynch avait quelques comptes à régler.

Empruntée à un roman «noir» de George V. Higgins (Cogan’s Trade, 1974), la trame paraît anecdotique: une histoire de coups fourrés entre criminels, avec Cogan/Pitt en tueur à gages appelé pour faire le ménage. Sauf que Dominik, également scénariste, lui impose un second degré de commentaire ironique, en situant l’action dans une banlieue désespérante de laideur, durant la campagne présidentielle de 2008. Dès lors, tout se déroule sur fond de discours sur la crise, la nation, le peuple et le rêve américains. Bref, c’est Pulp Fiction, version politique!

Discours bien balancé

Au premier degré, on admire des comédiens de la trempe de James Gandolfini, Richard Jenkins, Ben Mendelsohn et Ray Liotta, débitant des dialogues savoureux – ce qui ne va pas sans une certaine complaisance. Mais Dominik sait clairement jusqu’où il peut aller trop loin dans l’obscénité, la violence et le brio de mise en scène sans noyer sa métaphore: celle d’un univers qui incarne le capitalisme sous sa forme la plus basique. Et lorsque Cogan, accusé par son commanditaire d’être un «bâtard cynique», renvoie dos à dos Bush et Obama en décrétant «L’Amérique n’est pas un pays, c’est un business», la messe est dite.