Alexandra Schwartzbrod. Balagan. Stock Thriller, 260 p.

En hébreu, balagan signifie désordre, chaos, bordel. Pour les Israéliens, ce mot peut tout aussi bien servir à qualifier les embouteillages à l'entrée de Tel-Aviv, la situation économique, les crises de gouvernement ou les ravages provoqués par l'Intifada palestinienne. Ces deux dernières années, le pays tout entier a été un énorme balagan. Ce dérèglement général a trouvé des personnages à sa mesure, à la fois sauvages et tendres, farouches et désorientés, sincères et retors. Comme des poissons dans un bocal, les héros de Balagan, ce polar de l'Intifada, ne cessent de se croiser et de se cogner aux parois de leur espace clos, tour à tour prisonniers de leur sort et artisans de leur propre malheur.

Le thriller commence dans une ambiance d'apocalypse. La Vieille-Ville de Jérusalem résonne de deux formidables explosions qui font trembler ses pierres millénaires. La première provoque un carnage dans le quartier juif collé au mur des Lamentations tandis que la seconde dévaste la partie musulmane, quelques centaines de mètres plus loin. Landau, le commissaire israélien, Bishara, le flic arabe, et David, le diplomate français, vont tenter chacun de leur côté de comprendre les raisons de ce double massacre. Dans une ville déjà en proie à la violence quotidienne, qu'est-ce qui peut bien expliquer qu'on s'en prenne si brutalement aux deux populations ennemies? C'est une course contre la montre qui s'engage, puisque d'autres attentats sont en préparation. Une traque fiévreuse aux origines de la folie.

Alexandra Schwartzbrod a passé deux ans à pourchasser cette même folie pour le journal français Libération. Pas étonnant dès lors que ses personnages sonnent si juste, aussi effrayants dans leur enfermement que touchants dans leur logique particulière. Des ultraorthodoxes juifs, qui recueillent les restes humains des victimes des attentats, aux collabos palestiniens vendant leurs informations aux Israéliens, des chebab (jeunes hommes) désœuvrés aux chrétiens, seuls épargnés par les attentats, chacun est un coupable potentiel. L'enquête policière est prétexte à un voyage plus vrai que nature dans les tréfonds des territoires palestiniens et des villes israéliennes, là où mijotent les ressentiments et croupissent les haines. «Comment dit-on déjà en hébreu?» demande à un certain moment l'un des héros. «Ah, oui, balagan!»