Les écrivains égyptiens l'avaient juré: la Foire du livre du Caire aurait lieu sans eux, après l'interdiction par le ministre de la Culture Farouk Hosni de trois romans jugés «pornographiques». La foire touche à sa fin. La censure a été au centre de tous les débats: des ouvrages d'auteurs arabes contemporains ont été interdits, comme ceux de la féministe égyptienne Nawal al-Saadawi ou du Marocain Mohammed Choukri. Et les éditeurs iraniens se sont vu refuser leur visa, par crainte de les voir propager la doctrine chiite en pays sunnite.

Eviter des «dérapages»

Le zèle des censeurs trouve un écho favorable auprès de nombreux lecteurs. «La censure doit s'exercer sur deux thèmes: la religion et les mœurs», explique Mohammed, un étudiant de Port-Saïd. «Quand on écrit, c'est pour l'ensemble d'un peuple», croit savoir Adel, un jeune docteur, pour qui «on doit éviter certains dérapages». Et quand la gloire s'en mêle? «Naguib Mahfouz a fait ce genre d'erreurs, mais il a reçu le Prix Nobel.»

Directement menacés, les intellectuels n'ont pas réussi à adopter un front commun. Beaucoup restent empêtrés dans leurs relations étroites avec le Ministère de la culture, qui chapeaute, entre autres, le Syndicat des écrivains. Venue tenir un colloque sur les femmes et la littérature, malgré l'interdiction de ses propres livres, Nawal al-Saadawi s'inquiète: «L'Egypte devient de plus en plus conservatrice. Les Algériennes, les Syriennes ou même les Soudanaises sont plus progressistes.»