Virginie, Aristide et Erik travaillent tous trois dans un même commissariat parisien. Tandis que la première est une jeune mère dont le regard trahit une fatigue extrême, le deuxième tente de se persuader qu’il est heureux dans son célibat. Quant au dernier, il semble impuissant face à son couple au bord de l’implosion. Sans parler du fait que Virginie et Aristide ont eu une aventure, qu’elle est enceinte et bien décidée à avorter.

La première demi-heure de Police est constituée d’une boucle temporelle – mais tout y est logique, on n’est pas dans Tenet. Afin de nous aider à bien cerner les personnages, Anne Fontaine nous montre une même journée selon des points de vue différents. C’est à la fois habile et artificiel. Puis vient l’élément qui va véritablement lancer le récit. Virginie, Aristide et Erik acceptent en fin de journée une mission délicate: accompagner un migrant refoulé à l’avion qui le ramènera au Tadjikistan. Face à cet homme, Tohirov, Virginie va soudainement être tenaillée par un conflit moral: et s’il s’agissait d’un réfugié politique promis à une mort certaine une fois revenu chez lui?

Le film prend alors de l’épaisseur, redevient linéaire mais se complexifie, d’autant plus qu’il se déroule alors quasiment en temps réel, nuitamment, durant le trajet vers l’aéroport. Aux petites histoires personnelles des trois protagonistes s’ajoute celle de Tohirov. Que faire? Tenter de l’aider ou obéir aux ordres puisque c’est ce que l’uniforme exige? Malgré quelques flash-back inutiles, Anne Fontaine parvient parfaitement à cerner, selon ses mots, le «voyage intérieur» des personnages. Lesquels doivent beaucoup aux interprétations sensibles de Virginie Efira, Omar Sy et Grégory Gadebois.


Police, d’Anne Fontaine (France, 2020), avec Virginie Efira, Omar Sy, Grégory Gadebois, Payman Maadi, 1h49.