Jean-Marie Villemot. Ce Monstre aux yeux verts. Rivages Noir, 336 p.

Amateurs de romans à énigme, réjouissez-vous! Hercule Poirot et Miss Marple ont enfin un nouveau partenaire pour jouer au Cluedo: le Père Abel Brigand, curé de la paroisse de Montmorency. Ce prêtre moderne qui aime le jazz et les chats est doté d'un regard acéré, à la Sherlock Holmes. Accoutumé aux plus étonnants défis, il accueille sans sourciller celui d'un cinéaste célèbre, Paul Chabert, qui lui demande de chercher une victime et non un coupable. Son fils Nicolas a tenté de se suicider à moto en se jetant contre un mur, juste après avoir fait irruption dans le bureau paternel en criant: «J'ai tué, papa. Mon crime est puant. Quel fou ai-je été!»

Cette théâtrale tirade amène Brigand à s'inscrire au cours d'art dramatique dans lequel travaillait Nicolas et à se plonger dans Hamlet, Othello et Macbeth. Les tragédies de Shakespeare sont en effet la clé d'une énigme casse-tête, à laquelle le curé donnera une solution finale lors d'une séance réunissant les principaux suspects, dans la grande tradition du genre. Beaucoup d'humour, des dialogues pétillants, un style inventif: Jean-Marie Villemot renouvelle avec bonheur un genre qu'on croyait à tort figé dans le formol.

Gilles Verdet. Une Arrière-saison en enfer. Gallimard, Série noire, 256 p.

Trop tard! Tout à sa joie d'avoir retrouvé Léo, un vieux copain, Gérard a loupé son train pour Bruxelles. Resté en rade à Paname avec la valise que lui avait confiée son employeur, il découvre que «les ennuis tombent du ciel comme la fiente des pigeons»: la valise contient en fait de l'argent, beaucoup d'argent, et de petits sacs remplis de poudre blanche. La drogue, les deux

amis la jettent dans la Seine, car ils ont gardé de sains principes de leur passé de militants anars, adeptes de formes ludiques d'action directe.

Le passé, justement, les rattrape. Traqués par les trafiquants qui voudraient récupérer leur bien, Gérard et Léo renouent avec leur joyeuse bande des années 70. Les armes n'ont pas rouillé, la colère est intacte, et leurs ennemis ont bien des liens avec les partouzards et barbouzards bourgeois qu'ils avaient délestés d'une fortune en lingots d'or vingt ans plus tôt. Avec son côté pieds nickelés, son style gouailleur, ses éloges gourmands de la bière trappiste et du sexe rieur, le premier roman de Gilles Verdet à paraître en Série noire est une jolie réussite. Une œuvre de poète et de militant, fraîche et naïve, mais singulièrement attachante.