Elmore Leonard. Le Kid de l'Oklahoma. The Hot Kid. Trad. de Johanne Le Ray et Pierre Bondil. Rivages. 322 p.

Bonne graine et mauvaise graine: voici deux garçons liés à mort par les caprices du destin. Le père de Carl Webster, fermier dans l'Oklahoma, s'est enrichi par accident lorsqu'on a trouvé du pétrole sur ses terres, mais cette soudaine fortune ne lui a pas tourné la tête. Cultivateur dans l'âme, il a su prendre le temps de vivre et d'élever seul son fils. Par contraste, le père de Jack Belmont est devenu multimillionnaire à force de volonté, traquant le pétrole avec obstination. Businessman frénétique, il s'est désintéressé de sa famille pour jouer les puissants. La révolte adolescente aura dès lors sur nos fils de riches des effets contrastés. Fine gâchette, Carl devient un marshal vite célèbre, alors que Jack, après avoir kidnappé la maîtresse de son père et mis le feu à un puits de pétrole, n'aspire qu'à devenir l'Ennemi public No 1. Situé dans les années 1920-1930, Le Kid de l'Oklahoma, dernier roman du vétéran Elmore Leonard, est une éblouissante réussite entre polar et western. L'élégant Carl, calme et méthodique, est de ces êtres à qui tout réussit, ce qui énerve considérablement ses adversaires. Bête et méchant, le calamiteux Jack a beau s'agiter en accumulant méfaits et bévues, il ne fera jamais le poids... La simplicité du face-à-face renvoie aux origines pulp du roman noir yankee, dont Leonard joue en grand tricoteur d'histoires. Avec cette fluidité, cette aisance dans l'écriture, cette «patte» de génial artisan qui donnent une trompeuse impression de facilité.

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Charles Higson. L'Encombrant Mister Kitchen. Getting Rid of Mister Kitchen. Trad. de Guy Abadia. Editions du Rocher. 252 p.

Une journée qui commence mal ne peut que finir plus mal encore. L'Encombrant Mister Kitchen, du Britannique Charles Higson, est l'histoire d'un engrenage cauchemardesque. Designer londonien à succès, le narrateur a les parois nasales rongées par la coke, des maîtresses à profusion et une arrogance à toute épreuve. Mais un matin tout bascule. Dérangé dans son loft par un fâcheux qui voudrait lui racheter sa voiture, il le trouve si insupportable qu'il le tue en lui perçant le ventre d'un candélabre. Reste l'éternelle question: que faire du cadavre? Un snif de coke et tout paraît simple... Mais les embûches vont se multiplier pour le meurtrier branché au cours d'une journée marquée par la poisse, entre panne d'essence, accouchement d'une ex-petite amie et débarquement impromptu de ses parents venus fêter son anniversaire. Farce grotesque pétrie d'humour grinçant, L'Encombrant Mister Kitchen dresse un portrait au vitriol des nouveaux riches d'une Angleterre plus snob que jamais, mal remise de la perte de son empire et de sa tradition industrielle. Profondément nihiliste, le roman, écrit à la première personne, exprime un mal-être si intense que sa fin tragique est accueillie avec soulagement, comme une forme d'euthanasie.