Amid Lartane. L'Envol du faucon vert. Métailié, 222 p.

Frank Tallis. La Justice de l'inconscient. Trad. de Michèle Valencia. 10/18, 448 p.

Peu d'auteurs savent, à l'instar d'une Dominique Manotti, décrypter avec finesse les rouages retors de la criminalité économique. La brillante Française a désormais un émule algérien, Amid Lartane, ancien haut fonctionnaire dont le premier polar, L'Envol du faucon vert, est un féroce roman à clefs. S'inspirant d'une récente escroquerie, l'affaire Khalifa, l'auteur décrit l'ubuesque ascension d'un jeune crétin, Oulmène Mokadem, fils à papa sans scrupules qui a décidé de créer la première banque privée du pays. A l'enseigne du Faucon Vert, la nouvelle entité symbolisera le passage à la «modernité», au turbocapitalisme. Politiques, militaires, fonctionnaires et journalistes se laissent allègrement acheter pour profiter de la combine. Encouragées par un influent général, toutes sortes d'organismes dont une caisse de retraite investissent dans la nouvelle banque. La réussite apparente est fulgurante: Oulmène devenu milliardaire s'offre une chaîne de télé, un club de foot et une compagnie d'aviation tout en faisant la fête avec les Pipeules. Jusqu'au jour où la baudruche éclate, énorme scandale, causant la ruine de milliers de petits épargnants... Les personnages de Lartane, grotesques ou attachants, sont remarquablement dessinés. L'évocation des massacres commis dans les campagnes par des islamistes manipulés est aussi saisissante que celle des sordides intimidations des pirates urbains de la finance. Farce politique servie par une plume incisive, L'Envol du faucon vert montre avec brio que la Sicile n'a décidément pas le monopole des mafias.

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Vienne, 1902. Le jeune psychiatre Max Liebermann mène l'enquête avec son ami, l'inspecteur Oskar Rheinhardt. Une belle médium a été retrouvée morte, cœur explosé dans une chambre close. Suicide apparent, sauf qu'on ne retrouve ni balle ni pistolet. Diable, serait-ce un crime surnaturel? Adepte des théories de Freud, dont il devient un proche disciple, Max refuse de céder aux superstitions et joue les Sherlock Holmes en traquant les lapsus chez les proches de la victime. Œuvre d'un psy britannique spécialisé dans les troubles obsessionnels, Frank Tallis, La Justice de l'inconscient est le premier volet d'une série bien accueillie outre-Manche. Le bouillonnement intellectuel de la Vienne 1900 est fort bien rendu, avec ses opulents cafés où l'on peut croiser Klimt, Schoenberg et bien sûr Freud en personne. Psychiatre passionné, Max Liebermann s'oppose à un chef de clinique maniaque des électrochocs avant de résoudre le mystère de la chambre close. Si la révélation finale est hélas d'une invraisemblance sidérante, la méthode freudienne de l'analyste-détective est souvent très amusante. Affaire à suivre.