Ed McBain. Le Frumieux Bandagrippe. Trad. de Jacques Martinache. Presses de la Cité, 324 p.

Nicholas Blincoe. Ville ceinte. Trad. de Francis Lefebvre. Gallimard, Série Noire, 288 p.

Auteur de plus de cent romans, Ed McBain a 78 ans et toutes ses dents. Toujours vert et vif, le voici qui vous torche un fringant nouvel épisode de cette comédie humaine à l'américaine qu'est la saga du commissariat du 87e district. Dans Le Frumieux Bandagrippe, un titre emprunté à Lewis Carroll, Steve Carella et ses collègues enquêtent dans le monde du show-biz. Tamar Valparaiso, jolie graine de star, a été enlevée sur un yacht, lors d'une fête, par deux individus portant les masques de Yasser Arafat et de Saddam Hussein. Son producteur reçoit l'inévitable demande de rançon, mais la chanson de la victime, Bandagrippe, devient simultanément le tube du siècle. A cette intrigue se mêlent de savoureuses histoires secondaires, comme les rendez-vous galants du gros Ollie Weeks et d'une policière latino, ou les coups tordus de l'éternelle guerre interne entre les prétentieux «agents spéciaux» du FBI et les flics du 87e district. Avec une superbe liberté de ton et un humour à la Westlake, McBain manifeste une fois de plus cette science du dialogue qui est la marque d'un grand artiste.

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Comment s'en sortir quand on a des dettes et qu'on est Palestinien? Vendre son appartement familial de Jérusalem à des Israéliens prêts à le payer des millions de dollars, voilà qui serait tentant. Sauf que tous ceux qui se sont risqués à de telles ententes avec l'occupant honni ont été liquidés d'une balle dans la tête. Pour contourner ce risque, Tony, Palestinien catholique, fait appel à son vieux pote David, un Anglais déjanté. David épousera la nièce de Tony, recevra l'appartement comme cadeau de mariage, le revendra à une vieille Juive milliardaire et le tour sera joué… Mais la loi du polar veut que les arnaques ne se concluent jamais de la manière espérée. David n'a qu'une obsession, trouver du shit à fumer tranquille, et sa mémoire est une vraie passoire. On le prend pour un prêtre, ce qui n'arrange rien. Aux turbulences créées par cet hurluberlu viennent s'ajouter les imbroglios propres à cet étrange pays en forme d'os que se disputent deux peuples. Avec un humour faussement désinvolte, le Britannique Nicholas Blincoe montre une remarquable connaissance des réalités du terrain. Son roman Ville ceinte est un polar subtil, divertissant, paranoïaque et politique. A lire par tous ceux qui souhaitent aller au-delà des survols journalistiques pour une approche humaine, intimiste, d'un monde déchiré.