Enfant, David Weiss a été le témoin d'un crime: l'enlèvement d'une fillette par sa baby-sitter. Devenu dessinateur judiciaire, il a gardé à l'âge adulte la trace de cette scène primitive. Le hasard d'un procès le ramène sur les lieux d'un autre crime commis vingt-six ans plus tôt: le double meurtre, dans un motel minable, d'une femme de la haute société et de son jeune amant, modeste professeur. Qui les a massacrés et pourquoi? David mène l'enquête en usant comme un somnambule de son don pour le dessin, rêvant sur le papier des scènes qu'il n'a jamais vécues, laissant les mots et les non-dit des témoins oublieux guider son crayon vers d'obscures vérités. La résolution de l'énigme est pour lui un enjeu tout personnel: son propre père, psychanalyste, était le thérapeute de la femme assassinée. Il s'est plus tard suicidé, alors même qu'il s'apprêtait à publier un livre sur sa patiente et sur les terribles rêves récurrents qui la hantaient…

Inspiré par L'Homme aux loups de Freud, Le Rêve des chevaux brisés est un thriller éblouissant, érotique et psychanalytique, sensuel et tourmenté. Le chef-d'œuvre de William Bayer, historien d'art sexagénaire. On rêve au film noir qu'un Hitchcock aurait pu tourner à partir d'un tel récit.

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Garde-chasse dans le Wyoming, Joe Pickett est appelé sur une scène de crime surréaliste. Un célèbre activiste écologiste et sa jeune épouse viennent d'être pulvérisés dans l'explosion… d'une vache. Mais cet assassinat comique n'est que le premier d'une série orchestrée par deux tueurs professionnels, agissant pour le compte d'une organisation qui a entrepris la reconquête de l'Ouest. Toutes les victimes sont des militants écolos, qui énervent depuis longtemps les propriétaires de ranch et les gros éleveurs inscrits au Parti républicain.

Homme du «juste milieu», Joe Pickett est un héros humaniste, mauvais tireur et débonnaire. Un juste, un consciencieux qui tente de faire respecter la loi dans un milieu social rugueux, marqué par l'esprit des pionniers. Dans La Mort au fond du canyon, deuxième roman de C. J. Box, cet homme paisible affronte aussi bien les arrogants nouveaux riches en 4 x 4 et GPS qui aiment jouer aux cow-boys le week-end que les intégristes de l'environnement, défenseurs d'une nature idéalisée. Des militants pour qui la réintroduction accélérée du loup – splendide prédateur, isn't it? – passe avant les intérêts des habitants de la région. Sens de l'atmosphère, personnages attachants: le western selon C. J. Box est en train de se trouver une belle niche aux côtés des polars navajos de Tony Hillerman.

William Bayer. Le Rêve des chevaux brisés. Trad. de Gérard de Chergé. Rivages Thriller, 366 p.

C. J. Box. La Mort au fond du canyon. Trad. de William O. Desmond. Seuil, 304 p.