Fred Vargas. Un Lieu incertain. Viviane Hamy, 386 p.

Deux ans d'attente et le voici enfin, le Vargas nouveau. Dans l'épatante série de contes pour adultes qui composent les aventures du commissaire Adamsberg et de sa fine équipe, Un Lieu incertain joue avec la figure du vampire. On trouve d'abord près d'un sinistre cimetière londonien 17 pieds coupés à la cheville, encore enchâssés dans leurs chaussures, puis en France et en Allemagne des corps complètement émiettés, pilonnés, éparpillés. Quelle haine a pu causer de telles boucheries? Des pistes semblent prometteuses: un fils rejeté, un jardinier cogneur, la famille d'un artiste suicidé... Une inscription en cyrillique est lue comme Kiss Love, baiser d'amour, avant de renvoyer à Kisilova, bourg de Serbie où vécut le premier vampire historique, Peter Plogojowitz. Grand amateur de mouvement, le rêveur Adamsberg ne cesse ici de voyager, dans l'espace et le temps, mais aussi dans la langue, les langues, tant la jubilation des mots étrangers imprègne cette enquête gothique. Fred Vargas vous fait du Fred Vargas, en conteuse inimitable, avec ses apartés souriants, ses incongruités poétiques tapies au cœur des grands mystères, et vous acceptez l'insomnie pour le bonheur de l'odyssée. Au passage, Adamsberg se trouve un fils caché, comme dans les rubriques «pipoles», mais cette concession aux responsabilités adultes ne l'empêche pas de «pelleter des nuages» avec les flics les plus décalés du royaume hexagonal - puits de science, polisseur d'alexandrins, garde-manger ambulant... Face à de tels limiers, les vampires en série feraient bien de rester dans leurs cercueils.

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Douglas Preston et Lincoln Child. Le livre des trépassés. The Book of the Dead. Trad de Sébastien Danchin. L'Archipel, 506 p.

Dans l'antique Egypte, Le livre des trépassés devait servir de guide aux défunts pour traverser les enfers. Malheureusement pour eux, les employés et les visiteurs du Muséum d'histoire naturelle de New York ne disposent pas d'un tel mode d'emploi pour affronter l'horrible machination qui les attend lors de la première d'un spectacle multimédia, à l'occasion de la réouverture du tombeau de Senef, scellé depuis sept décennies dans les sous-sols de l'institution. Preston et Child, marionnettistes du thriller d'aventure, tirent les ficelles de la bonne vieille momie maudite dans ce nouvel opus de la lutte-éternelle-du-bien-contre-le-mal, incarnés par l'inspecteur Aloysius Pendergast et son monstrueux frère Diogène, ici déguisé en éminent muséologue. Les auteurs de Relic et du Violon du diable (réédité en poche) en font des tonnes, avec notamment un final volcanique sur les flancs du Stromboli, mais non sans habileté, en rusés feuilletonistes. Bonne lecture de plage enrichie de citations raffinées d'Ovide et de T.S. Eliot, les poètes préférés du machiavélique Diogène: le génie du mal a bon goût, il mérite qu'on le ressuscite dans un prochain livre!