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«Les politiques ont changé de discours sur le livre»

Professeur d’histoire des médias à l’Université de Lausanne, François Vallotton est l’auteur des «Batailles du livre»

«Les politiques ont changé de discours sur le livre»

Le Temps: Que nous dit le succès du Livre sur les quais?

François Vallotton: Qu’à l’ère de la virtualité et de l’individualisme, le besoin de revenir à des contacts directs entre écrivains et lecteurs est grand. Ce besoin est même le corollaire d’une société connectée comme la nôtre. C’est ce qui fait le succès de la formule de Morges.

– Les manifestations autour du livre se multiplient. Que se passe-t-il?

– Une série de politiques en faveur du livre a vu le jour ces dernières années, notamment en Suisse romande. Genève a été pionnière, il y a vingt ans déjà. Ce modèle a essaimé avec la création de prix littéraires et de soutien aux éditeurs et aux libraires et crée une vraie émulation dans les autres cantons. Lausanne a maintenant aussi une responsable chargée de la promotion du livre et une politique ambitieuse avec son projet de Maison du livre au Flon.

– Ces politiques sont-elles inédites?

– Oui, jusqu’à présent le livre était toujours en retrait par rapport aux autres secteurs culturels. La vision libérale selon laquelle il fallait laisser le marché agir a longtemps prévalu. Au plan fédéral, on observait un soutien ciblé sur certains domaines, la promotion de la lecture et les traductions entre autres.

– Qu’est-ce qui a changé?

– La campagne sur la loi sur le prix du livre en 2012 a suscité une prise de conscience chez les politiques. Au même moment, la puissance des nouveaux acteurs numériques américains, Google, Amazon, Apple, commençait à inquiéter. L’importance du livre comme vecteur de l’identité culturelle a pris un nouvel éclat dans le débat. Face à des entreprises dont la seule boussole est le profit, le secteur du livre est apparu dans toute sa fragilité. Même certains parmi les plus réfractaires à toute intervention publique ont changé de discours. Face à l’ampleur des enjeux, l’idée de mener des politiques volontaristes en faveur du livre s’est imposée. On observe aussi une mobilisation plus coordonnée des acteurs du secteur.

– Les cantons coopèrent-ils?

– La volonté est là. La Conférence intercantonale de l’instruction publique a demandé un rapport sur les politiques en faveur du livre à l’œuvre dans les différents cantons dans le but d’aboutir à des coordinations. L’étude est terminée. On en est là pour le moment.

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