C’était un peu le Johnny Hallyday suisse alémanique. Un de ces rockeurs intemporels, lunettes de soleil et cigarette au bec, qui faisait se trémousser plusieurs générations. Samedi dernier, Polo Hofer s’est éteint après un an de combat contre le cancer du poumon.

«Samedi peu avant minuit, ma dernière heure a sonné et je me suis endormi paisiblement à la maison», est-il écrit en suisse-allemand dans un avis de décès publié lundi soir. «Je dis au revoir tout le monde, c’était bien.»

De son vrai nom Urs Hofer, ce natif d’Interlaken avait connu le succès au début des années 70 avec des tubes de Mundartrock, littéralement du «rock en dialecte». Une petite révolution linguistique dans le monde de la musique alémanique.

Le premier à chanter en dialecte

«En Autriche ou en Allemagne, on chantait déjà en dialecte mais en Suisse, Polo Hofer était le premier. Il est devenu le père, ou le grand-père, de groupes comme Züri West ou Lo & Leduc, des jeunes qui montent aujourd’hui dans les charts avec des titres en suisse-allemand», détaille Matthias Lerf, journaliste culturel à la Sonntagszeitung.

Mais Polo Hofer ne se résume pas à ses succès musicaux. L’artiste a également posé sa candidature au Conseil communal bernois (apparaissant nu sur ses tracts électoraux) en 1971, joué dans deux films du Suisse Clemens Klopfenstein et publié un recueil de poèmes.

Une personnalité remuante et originale devenue partie intégrante du paysage culturel et médiatique d’outre-Sarine. «Ses idées étaient ouvertement de gauche, il militait pour la légalisation du cannabis et en consommait aussi, ce n’était pas un secret. On le tutoyait tous, on l’appelait même le Polo national», ajoute Matthias Lerf, qui témoigne de l’émotion des médias suisses alémaniques, nombreux à revenir sur la carrière du Bernois. «Depuis hier soir, la SRF a changé son programme pour rediffuser des extraits de concerts.»

«Exotique» en Romandie

Si Polo Hofer a repris, en 1992, le titre Travailler c’est trop dur du Français Julien Clerc, sa musique n’a pourtant jamais réussi à traverser le Röstigraben. «A Locarno, Lausanne ou Genève, je suis exotique. Mais il y a un avantage: quand je voyage en Suisse romande ou au Tessin, les gens me laissent tranquille», racontait-il à l’ATS en 1997.

Celui qui goûtait une certaine forme d’anonymat chez les Welsches a par ailleurs reçu plusieurs récompenses durant sa carrière. En mai, la fondation Suisa lui rendait hommage pour l’ensemble de son œuvre en tant que parolier, et en 2015, Polo Hofer recevait le titre de Suisse de l’année.