Culture

Pompéi pour l'éternité

Pompéi était une ville romaine moyenne comme il y en avait tant dans le

Pompéi était une ville romaine moyenne comme il y en avait tant dans le bassin méditerranéen. Elle n'avait aucune raison d'entrer dans l'histoire. La nature y a suppléé en confiant au Vésuve, qui sommeillait, paraît-il, depuis un millénaire, le soin d'en faire le musée d'Etat le plus couru d'Italie: près de 2 millions de visiteurs par année, presque le double des Offices de Florence.

Le moment choisi relève du pur caprice: le 24 août 79 apr. J.-C. «Vers une heure de l'après-midi», précise Pline de Jeune dans une lettre à Tacite qui lui a demandé de «décrire les derniers moments» de son oncle, Pline l'Ancien, naturaliste et amiral de la flotte de Misène, et la victime la plus illustre de l'éruption du Vésuve. Pline le Jeune ajoute que «cet événement assurera» à son oncle «une vie éternelle». Plutôt qu'à Pline l'Ancien, que sa seule Histoire naturelle en 37 volumes a fait entrer dans la postérité, c'est à Pompéi, rayée de la carte en 42 heures et ensevelie sous six mètres de cendres volcaniques, que cet événement catastrophique assurera une vie éternelle.

Mais il faut croire que l'éternité n'est jamais à l'abri du temps. Dix-sept siècles après avoir été ensevelie, en 1748 pour la précision, Pompéi lui est restituée. Charles III de Bourbon, roi de Naples, fait ouvrir sur le site des fouilles dirigées par Alcubierre, un ingénieur militaire espagnol. «Dans le monde, écrit Goethe, qui visite Pompéi en 1787, il s'est produit nombre de catastrophes mais il en est peu qui aient causé autant de joie aux générations futures. Je ne connais rien de plus digne d'intérêt que Pompéi.»

C'est que Pompéi a quelque chose de plus que tout autre site archéologique. Rome n'a cessé d'être détruite et reconstruite. Rome, ce sont vingt-cinq siècles empilés les uns sur les autres, imbriqués. Pompéi, c'est tout le contraire. La ville vésuvienne, figée par l'éruption du volcan, elle et une partie de ses habitants, offre un instantané de la vie d'une cité romaine vers la fin du Ier siècle. Il serait plus juste de dire: offrait. Le Vésuve l'a détruite mais l'a aussi préservée: au moment de sa découverte, elle était parfaitement conservée, à part les toits, défoncés, et quelques murs qui s'étaient écroulés.

Or, ce bel instantané, les antiquaires des Bourbons d'abord, puis les archéologues qui leur ont succédé, l'ont troublé en l'exposant au temps de la nouvelle histoire qui allait être la sienne, celle des fouilles précisément. La Pompéi que nous visitons aujourd'hui n'est donc plus cette pure image fixée le 24 août 79, elle est aussi ce que les fouilles en ont fait. Le site n'a d'ailleurs pas encore été exploré intégralement, on peut donc rêver.

Pompéi est une ville à la fois ordinaire et exceptionnelle, unique. Unique parce qu'elle témoigne d'un jour quelconque de la vie du Ier siècle; ordinaire, car elle n'a pour ainsi dire pas laissé de trace dans la littérature latine, sauf dans les Annales de Tacite qui relate une bagarre entre tifosi pompéiens et tifosi nucériens durant un combat de gladiateurs.

Mais depuis qu'elle a été découverte, il y a deux cent cinquante ans, Pompéi ne cesse de vieillir. Peut-être pas «pour la joie des générations futures». JB

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