Musées insolites (1/3)

Pompières et pompiers, héros si admirables

Retraçant l’histoire de la ville de Genève autant que celle de ses services de secours, le Musée des sapeurs-pompiers cache ses collections dans un entrepôt anonyme de la Jonction

Chaque jeudi jusqu'au 18 juillet, «Le Temps» part à la découverte d'institutions muséales très méconnues en Suisse.

«Nous avons tellement admiré les pompiers, nous avons eu l’impression qu’ils maîtrisaient le feu. Et le courage qu’ils avaient pour s’approcher de cette fournaise!» Ces propos d’une habitante de Plainpalais, interrogée par la TSR le jour du violent incendie qui ravagea le Bâtiment électoral en août 1964, transpirent l’admiration et la reconnaissance. Ils sont aussi révélateurs de la distance qui existe entre ces figures héroïques et une population qui est pleine de gratitude, mais ignore à peu près tout de leur histoire ou de leurs conditions matérielles de travail.

Pour dépasser le stade de l’admiration distante, il n’y a probablement pas de méthode plus appropriée qu’une visite au Musée des sapeurs-pompiers de Genève. Ouvert depuis 2008, il est caché derrière une porte coulissante blanche, dans un ancien dépôt industriel situé au début de la rue du Stand, côté Jonction. Impossible de se douter, lorsqu’on passe devant cet entrepôt anonyme, de l’espace qui se déploie derrière ses portes et de la richesse des collections qui s’y trouvent. A peine une petite enseigne suspendue signale-t-elle discrètement la présence d’un musée.

Principe d’accumulation

L’intérieur ne s’embarrasse pas davantage d’une panoplie muséale. Le seuil franchi, on entre directement dans une sorte de garage dont l’agencement, pensé sur le principe de l’accumulation, ferait bondir la plupart des conservateurs. Grands camions modernes, rutilants et pour la plupart en état de marche, ou échelles en bois datant des XIXe et XXe siècles semblent presque coincés dans ce grand espace blanc.

Au premier étage sont exposés seaux, pompes à bras, à vapeur, appareils respiratoires, casques. Sur la mezzanine, enfin, on trouve les éléments les moins encombrants, chariots, extincteurs, drapeaux, centrales d’alarme téléphoniques. Partout, les formes se répètent avec de menues variations qui donnent à voir le perfectionnement progressif de l’équipement. La légèreté de certaines protections utilisées au cours de l’histoire laisse songeur.

Le musée en tant que tel est assez peu didactique. Si un petit espace de projection est dédié à un documentaire sur l’histoire du Service d’incendie et de secours (SIS), l’accrochage comporte peu de cartels explicatifs et peu de mise en scène. Loin des pratiques sophistiquées des institutions du quartier, la muséographie est ici modeste.

Pour l’histoire détaillée, il faut se référer à l’ouvrage très complet, sorti en 1990 et réactualisé en 2015, qui retrace l’histoire du Service du feu de la ville de Genève. Car le principe du musée est plutôt de donner à voir tout ce qui constitue l’environnement matériel de travail des pompiers en misant sur la puissance évocatrice des objets. On imagine sans peine des enfants se rouler par terre de bonheur devant les gros camions rouges qui s’entassent au premier niveau, mais d’autres éléments moins spectaculaires sont tout aussi frappants.

Trump et les femmes

La combinaison d’approche au feu aluminisée installée dans l’entrée, par exemple, semble tout droit sortie d’un film de science-fiction. Comme les appareils de protection respiratoire, elle constitue un rappel glaçant des conditions physiques incroyablement difficiles qui existent dans ce métier. De même pour ce casque à moitié fondu et incrusté de morceaux de bois brûlé que l’on découvre dans une des vitrines du premier étage, relique d’une intervention dont le porteur s’est sorti sauf, mais pas indemne. Ou pour ces guirlandes de seaux qui rappellent les chaînes humaines de plusieurs milliers de personnes nécessaires autrefois à l’extinction des feux. Le musée regorge d’objets du genre.

Mais son véritable atout, ce sont ses bénévoles. Ces pompiers à la retraite l’ont aménagé avec grand soin, à l’aide de bois récupéré après la tempête Lothar de 1999, et ce sont eux qui accueillent les visiteurs. D’anecdotes en explications scientifiques, ils prennent un plaisir manifeste à transmettre leurs connaissances sur la pratique de leur métier.

Comment se protéger des radiations? Que sont les «sauts de feu»? Pourquoi la suggestion de Donald Trump – utiliser des canadairs pour lutter contre l’incendie de Notre-Dame – était-elle aussi stupide que dangereuse? Ou, encore plus d’actualité: quelle est la place des femmes dans la profession, dans ce musée rebaptisé récemment Musée des sapeurs-pompiers et sapeuses-pompières? Les questions ne manquent pas. Ni les anecdotes.

Si les objets accumulés sur ces trois niveaux et ces vitrines chargées de documents sont des entrées dans l’histoire de la ville de Genève, avec ses marqueurs chronologiques comme l’incendie du Grand Théâtre, ils sont surtout des embrayeurs parfaits pour les récits passionnés des anciens professionnels qui tiennent les lieux.


Pratique

Musée des sapeurs-pompiers et sapeuses-pompières,Rue du Stand 1bis Genève - Me-di 10-12h et 13h30-15h30. (Fermé en juillet-août)

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