Beck. Guero (Universal)

À chaque disque, la même rhétorique. Beck, selon les gazettes, est enfin revenu à ce qu'il sait faire de mieux. Par amnésie ou mauvaise foi, celles-ci évacuent en vitesse l'enthousiasme suscité naguère par ses albums folks, rejetant dans un même panier d'obsolescence l'excellent Mutations (1998) et l'insipide Sea Change (2002). Osons la contradiction: avec Guero, produit dans les mêmes conditions que le très hip-hop Odelay (1996), Beck revient à ce qu'il sait faire de mieux. Et ce recul en dit long sur l'impasse créative dans laquelle il s'enferre.

Sa voix, d'abord: débarrassée de l'énergie rock de ses débuts comme des phrasés survitaminés de son funk dilettante, le timbre triste de l'Américain n'exprime désormais plus qu'un ennui las. Assisté de ses fidèles Dust Brothers, le petit prince pop tente ici de rejouer l'insolente greffe de riffs blues et de beats hip-hop qui fit son succès. Tout en courtisant par la bande l'esprit bossa-nova du sautillant «Tropicalia» («Que Onda Guero», «Earthquake Weather»). Seul hic: entre-temps, les recettes d'hier ont fait le bonheur de milliers d'artificiers sonores, la superposition d'univers disparates fait aujourd'hui partie du langage courant et ce Beck qui bégaie se fait doubler de toutes parts.

Moins fin mélodiste qu'autrefois, rappeur-rocker faiblard en regard d'Eminem ou de Sage Francis, le Beck de Guero lasse à la première écoute. Parce que tout ceci sent trop le réchauffé pour convaincre. Et qu'à trop stagner dans leur vieille marmite, les meilleures soupes finissent par tourner à l'aigre.