Ils escaladent la grille. Pas à pas, aiguillonnée par les succès du milieu électronique, la scène musicale suisse étend son emprise sur l'Asse. En six jours, du mardi 22 au dimanche 27 juillet, le Paléo Festival de Nyon livre près d'un tiers de ses 100 concerts à des artistes de la région. Proportion généreuse, qui traduit la volonté réaffirmée d'une manifestation de tout temps attentive à la création autochtone. Aussi éphémère et imparfaite soit-elle, la programmation du Paléo fait encore figure d'exception à l'égard d'une discipline en mal d'appuis réguliers.

Lanterne rouge de la création helvétique, la musique populaire peine encore à susciter l'intérêt que génèrent depuis plusieurs années à l'étranger les arts plastiques, l'architecture ou le

design. Manque criant de structures appropriées, soutien étatique quasi inexistant, les créateurs pop ne peuvent encore compter que sur leurs propres ressources pour espérer se faire remarquer.

Et ces ressources, aujourd'hui, ne manquent pas. Avec Luciano, Jérémie Kisling et Stress, trois jeunes Romands présents à Paléo et dont les carrières naissantes s'appuient sur de solides connexions internationales, chacun va devoir réviser l'image qu'il se fait de la scène suisse. Déjà, les magazines spécialisés français s'étonnent de ce rock lausannois si dynamique, de cette électronique genevoise si habile, le quotidien Libération saluant en Luciano l'un des grands espoirs de la scène européenne.

La chose est connue, la Suisse découvre à retardement ce que l'étranger lui signale. D'où la nécessité pour son public de relais qui, à l'instar de Paléo, lui communique les bienfaits d'une scène à encourager. Pris entre leur volonté de passer outre cette frilosité pour bâtir une carrière à l'étranger et la nécessité de faire entendre leur voix sur la scène helvétique, les artistes suisses disent aujourd'hui leur réticence à ne servir au Paléo que de chauffeurs de salle. Signe que l'ambition de cette génération aux portes du succès attend du pays de plus substantiels appuis.