Jeune public

Poppins, flamboyante émissaire de l’imaginaire

Au Petit Théâtre, dans la cité lausannoise, Stefania Pinelli et Denis Correvon convoquent la nounou volante dans une création en apesanteur. Malgré quelques longueurs

Il y a certes la magie de Noël, unique et éphémère, mais la féerie est magnanime: elle se déploie en tout temps si on la convoque avec ferveur. Pamela Lyndon Travers, l’auteure de Mary Poppins, l’a révélé à des générations d’enfants. Relayée par Walt Disney et sa comédie musicale (1964). A l’heure de faire le guet au pied des cheminées, Stefania Pinelli et Denis Correvon célèbrent la gouvernante volante dans leur nouvelle création, à voir au Petit Théâtre, à Lausanne, puis en tournée romande. Leur Miss Poppins fait bien des étincelles, grâce notamment à une Olivia Seigne épatante dans le rôle-titre, mais l’éblouissement n’est pas total.

Nouveau mantra

Au chapitre des réjouissances, donc, celle qui déboule comme une tornade d’on ne sait où pour rabibocher une fille chipie et son père dépassé. Grâce, malice, assurance: Olivia Seigne campe à merveille cette nounou que s’arracherait tout bambin normalement constitué. Mais lorsque – sacrilège? – elle décrète de son air délicieusement pincé que Supercalifragilisticexpialidocious est daté, les adultes tressaillent. Son aplomb nous convainc pourtant d’adopter sans broncher son nouveau mantra, imprononçable à souhait.

Car oui, les Valaisans Stefania Pinelli et Denis Correvon s’émancipent de l’œuvre originale de l’auteure australienne (riche de huit volumes), et de son adaptation cinématographique culte, en transposant l’intrigue dans un contexte contemporain. Plusieurs personnages passent à la trappe, pour laisser place à une famille monoparentale marquée par le deuil (impossible) d’une mère.

Père aux abois

Après avoir tourné moult nounous en bourrique, une fillette indomptable va se métamorphoser au contact d’une recrue providentielle. Denis Correvon (le père aux abois), déconcerte en promenant son fardeau de façon un peu nonchalante, mais suscite la sympathie. Quant à Pierric Tenthorey, alias Tim, le jeune facteur disciple de Miss Poppins, il subjugue par la fluidité de son jeu. Mais pas seulement.

Magique tea-party

Car le comédien veveysan est aussi champion du monde de magie de proximité! Un don judicieusement mis au service du spectacle. Le parapluie qui fond comme neige au soleil dans la besace de Poppins, la tea-party de «bols d’air frais» (bluffante), ou encore le numéro d’hommes invisibles dans «le champ des possibles», autant de prouesses orchestrées par le jeune magicien. Et mises en valeur par la scénographie déliée de David Deppierraz.

Arbres illuminés surgis de trappes au sol, bord de mer ou encore chantier de construction effervescent, les tableaux se succèdent en un tournemain. A mesure qu’Emma injecte une dose d’imaginaire dans son environnement, comme l’y initie la fée Poppins. La musique de Lee Maddeford pimente joyeusement cette conversion du regard.

Bémols et cœurs endurcis

On regrettera toutefois qu’Emma soit trop brouillonne. Sandrine Girard a du mal à incarner une fillette (blessée) tout à fait crédible. Par ailleurs, si les tours de passe-passe agrémentant la pièce font mouche, les ultimes performances s’étirent en longueur.

Mais Miss Poppins n’est pas avare d’illuminations. Sa générosité devrait fendre les cœurs les plus endurcis. On vous le dit, le Père Noël n’a pas le monopole de la magie.


«Miss Poppins», dès 6 ans. Le Petit Théâtre, Lausanne. Jusqu’au 31 décembre.

Puis en tournée romande:

L’Echandole, Yverdon-les-Bains. Le 14 janvier à 14h et 17h.

Casino-Théâtre de Rolle. Le 25 janvier à 18h, le 27 janvier à 19h.

Théâtre de Beausobre, Morges. Le 18 mars à 19h.

Théâtre Alambic, Martigny. Les 21 et 22 mars à 19h30.

Théâtre Nuithonie, Villars-sur-Glâne. Le 25 mars à 11h et 17h, le 26
mars à 11h et 15h.

Théâtre de Grand-Champ, Gland. Les 1er et 2 avril à 17h.

CO2, Bulle. Le 8 avril à 17h.

Théâtre Le Reflet, Vevey. Le 21 mai 2017 à 11h.

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