«Je suis artiste et gestionnaire», lance Omar Porras, entre Nancy et Bruxelles où il s'apprête à répéter Le Barbier de Séville. «Un créateur doit être conscient de ce qu'il fait à tous les niveaux», explique encore le patron du Teatro Malandro, compagnie qu'il a fondée en 1990 à Genève. «Il ne doit pas se concentrer uniquement sur sa toile, mais savoir d'où viennent les couleurs et comment les trouver.»

Phénomène inouï en Suisse romande. De La Visite de la vieille dameà El Don Juan, chacune des créations de Malandro traverse la Suisse, la France et les océans - Ay! Quixote a fait escale à Bogota et au Mexique. Créé au Théâtre de la Ville à Paris en février 2005, avant d'être présenté au Théâtre de Vidy, El Don Juan sera joué près de 150 (!) fois en 2006. Chiffre renversant: rares sont les spectacles qui tiennent ici plus de trois semaines l'affiche, et qui dépassent les 30 représentations - tournée comprise.

Le secret d'Omar Porras? Un univers poétique sans équivalent en Europe, certes. Mais aussi une organisation rodée. Malandro, c'est d'abord une base de quatre personnes à Genève: Omar Porras lui-même, comme directeur artistique, une chargée de communication à 100%, un comptable et un directeur technique. C'est surtout près de 30 acteurs et techniciens engagés pendant trois mois - le temps des répétitions - sur une création comme El Don Juan en 2005. Et lorsque cette pièce tourne, c'est vingt personnes qui travaillent à temps plein pendant plus de sept mois. «En 2005, les gens de Malandro ont travaillé dix mois, ce qui est rarissime, dans un milieu dominé par l'intermittence et le chômage.»

Les salaires ne sont pas mirobolants: entre 4500 et 5000 francs. Mais avec son budget d'un million environ, le Teatro Malandro est en mesure de répondre à la demande. Prévue pour avril 2007, la prochaine création est assurée de connaître 100 levers de rideau au moins, avant même d'avoir vu le jour.