Quand on visite en temps normal les combles de la Galerie du Sauvage, en pleine vieille ville de Porrentruy, on est toujours surpris par le dégagement vertical qui s’envole jusqu’à la charpente. Mais ces jours-ci, l’ambiance est sensiblement différente: la surface et le volume du lieu ont muté en un labyrinthe aux couloirs et aux salles submergés d’artefacts qui vous interrogent l’arrière-cour du cerveau.

En cause, une exposition «éphémère et immersive» nommée Helvète, le retour du sauvage. Ephémère, on dira qu’elle l’est relativement, puisqu’elle court jusqu’au 30 août tout de même. Immersive, elle l’est absolument: on voyage dans cette fatrasie comme dans un cabinet de curiosités à la fois surréaliste et lynchien (ce qui n’est pas parfaitement synonymique) – d’un virage à l’autre, on croise des mannequins humanoïdes à la tête faite d’un demi-crâne de porc, des horloges qui perdent leur temps, des Vierges Marie plastiques acoquinées avec des figurines de super-héros, le spectre de Jacques Hainard (l’ancien boss du Musée d’ethnographie de Neuchâtel) et plein de petites histoires étranges racontées sur des bouts de carton. Ce joyeux foutoir mis en forme par Arthur de Warenghien, à la fois sombre et drôle, est baigné d’une ambiance sonore fiévreuse et superbement intrusive réalisée par Yoan Jaquenoud.

Hypnotique, mais pas que

On l’a dit plus haut: l’expérience de cet «Helvète» a quelque chose d’une œuvre de mesmérisme et de dérèglement. Mais on n’a pas là qu’une expérience sensorielle, même si le plaisir qu’on y prend est indéniable. Au gré du parcours en effet, les textes qui ponctuent la visite sont autant de mises en garde certes décalées, mais dont on saisit vite qu’ils constituent aussi un discours en forme de léger lamento: il y a de la déploration, celle de la perte de consistance de l’être humain; mais il y a peut-être aussi, c’est en tout cas l’effet que les figures présentées produisent sur les soubassements de la conscience, une tentative de la ressaisir par ses côtés les plus inattendus, et les plus fertiles.


«Helvète, le retour du sauvage». Galerie du Sauvage, rue de la Chaumont 3, Porrentruy. Jusqu’au 30 août.

Il est possible de soutenir (ici) l’Association du Sauvage.