Le monde musical étant petit, on ne s'étonne guère de tomber sur un claveciniste vaudois dans la foule qui se presse à Aix. Natif d'Yverdon, Yves Rechtsteiner a effectué ses études à Genève et son talent en a fait l'un des organistes les plus recherchés de Suisse romande. Tellement recherché qu'il dirige aujourd'hui le département de musique ancienne du Conservatoire de Lyon. Et qu'il fait partie de l'ensemble instrumental auquel la Poppée aixoise doit une grande part de ses charmes.

Plus précisément, il fait partie du «continuo», cet orchestre dans l'orchestre chargé d'accompagner les récitatifs. Là, Yves Rechtsteiner jongle entre le clavecin, l'orgue et une petite épinette «pas plus grande qu'un alto». C'est la première fois qu'il travaille avec Marc Minkowski. «J'ai été invité à participer à cette aventure par Juan Manuel Quintana, viole de gambiste et assistant de Marc sur ce projet.»

Quintana a effectué un travail incontournable dans le Couronnement de Poppée: il a suggéré la composition d'un continuo plus riche que jamais (deux clavecinistes organistes, deux harpistes, un viole de gambiste, un violoncelliste, un joueur de lirone, cinq luthistes) et il a déterminé quels instruments jouent quoi à quel moment. «Nous sommes partis de cette orchestration, raconte Yves Rechtsteiner, mais elle a beaucoup évolué en fonction des besoins de la scène.»

Le travail du continuiste réclame des dons particuliers: il faut pouvoir improviser à partir du squelette harmonique d'une partition. «Dans un opéra comme celui-ci, explique Yves Rechsteiner, ce n'est pas tant la réalisation de la basse chiffrée qui est difficile que l'obligation de suivre les chanteurs. Leur débit variant d'une représentation à l'autre, nous devons parfaitement connaître leur texte afin de pouvoir les suivre dans leurs moindres inflexions.»

A. Px.