Livre d’artiste

Portrait d’un pays fermé qui refuse l’étranger

Jérôme Meizoz et le peintre Zivo dépeignent les effets de la pénurie dans un dialogue de la plume et du pinceau

Genre: Livre d’artiste
Qui ? Zivo et Jérôme Meizoz
Qui ? Pénurie
Chez qui ? art&fiction, coll. Re: Pacific, 220 p.

Les frontières ont été fermées, le couvre-feu a été déclaré. Quelqu’un envoie une demande d’aide: ce n’est pas encore la famine mais tout est rationné. Le courrier fonctionne-t-il encore? Les communications semblent coupées. Quel est ce pays, quelle catastrophe l’a figé dans le gel après un automne glorieux? Les habitants sont face à eux-mêmes. La pénurie régénère des comportements oubliés: les gens se parlent, on se retrouve le soir à la salle communale chauffée, le maire raconte des histoires, on s’occupe de ceux qui craquent. «Les enfants patinent sur l’autoroute fermée à la circulation»: on dirait un long dimanche sans voitures! Bûcheronnage, cueillette, chasse reviennent à l’ordre du jour. Mais des oiseaux noirs envahissent le ciel. Les tensions augmentent, il y a des vols. On cherche des boucs émissaires: il y a les travailleurs noirs au noir, les Gitans. Le Parti du peuple sait exploiter peurs et rancœurs. Seul l’idiot semble prospérer dans cette étrange atmosphère. Fable politique? Allégorie d’un pays fermé sur lui-même? Conte moral sur fond de guerre? Le message n’est pas clair, il semble se focaliser sur le refus de l’étranger. Jérôme Meizoz a rédigé cette supplique. Le peintre Zivo l’a calligraphiée au pinceau, entrelaçant mots et dessins en une danse sur le (beau) papier. art&fiction publie des livres d’artiste; le projet de la collection Re: Pacific est de voir «ce que l’art fait à la littérature», d’inscrire le texte dans une forme. Parmi les cinq nouveaux titres qui viennent l’enrichir cet automne, Pénurie est le seul à faire dialoguer un écrivain et un artiste. Zivo et Meizoz avaient déjà collaboré dans Fantômes. Ils renouent dans ce livre où les coulées pourpres et les figures faussement naïves du peintre soulignent l’archaïsme de la société imaginée par l’écrivain.

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