Tantôt génial, inspiré, tantôt froid, impénétrable, Evgeny Kissin est un des artistes les plus fidèles de Verbier. Il y a un mystère chez ce personnage, toujours accompagné de sa mère et de son professeur, la redoutable Anna Pavlovna Kantor. Mais la question n'est pas là. Kissin nous a laissé des souvenirs mémorables, en particulier dans ses récitals. Il nous a surpris lorsqu'un soir il s'est mis à accompagner une cantatrice dans des Lieder de Schubert. Un toucher poids plume d'un raffinement inouï, épousant les inflexions de la voix, sans le côté tape-à-l'œil dans lequel il s'enferre. Sa virtuosité est légendaire, et lorsqu'il se libère, lorsqu'il lâche son masque et décide d'être lui-même, il peut être ensorcelant. Kissin tutoie les chefs-d'œuvre, et on ne s'étonnera pas qu'il ait choisi cette année la dernière Sonate en si bémol majeur de Schubert, le sublime Sonetto 104 del Petrarca de Liszt, ou encore la Mephisto-Valse N°1 dans laquelle il aura tout loisir de se déchaîner.