Elle possède un flair inné, une intuition du diable qui l'amène à jongler avec les pires obstacles. Martha Argerich a développé une technique qui repose sur un

toucher de félin et un poignet remarquablement souple, vibrant comme une pile électrique. Elle déteste jouer seule en public, elle préfère être accompagnée par un orchestre, ou mieux encore par ses amis chambristes. La pianiste argentine nous a tout de même gratifiés d'une Sonate K.141 de Scarlatti d'anthologie, dont tout le monde se souvient encore pour la vitesse de propulsion des notes. Son instinct fait merveille dans Schumann, Chopin, ses doigts de feu ensorcellent n'importe quelle partition de Prokofiev ou Chostakovitch, et elle joue Beethoven avec un aplomb saisissant. Le seul ennui, c'est lorsqu'elle s'emporte et que ses collègues doivent s'accrocher pour la suivre. Mais sans ses débordements, Martha Argerich ne serait pas elle-même. Sa générosité est légendaire, derrière ce sourire narquois qui peut intimider.