Des autoportraits, des portraits de personnalités vivantes, des portraits d'artistes morts, des mises en situation de personnes anonymes, ou de personnes bien nommées, mais que l'on ne connaît pas: toutes ou presque toutes les interprétations du portrait au XXe siècle sont représentées dans l'exposition thématique de Blondeau Fine Art Services à Genève. Intitulée Faces, elle accueille une soixantaine d'œuvres, vraiment de toutes sortes, peintures, sérigraphies, dessins, photographies, collages, installations et une vidéo, signée Adel Abdessemed. L'artiste algérien y montre, dans une scène diffusée en boucle, un homme noir sur lequel on déverse, sans fin, du lait. Vision d'une absence de couleur imposée, d'un acte gratuit qui choque le spectateur et des réactions de l'être, ici un acteur, soumis à ce genre de douche froide.

L'expression du visage est en effet au cœur de cette manifestation. Toutes les pièces montrées insistent sur le caractère de l'individu et sur ses manières, plurielles, de réagir à des situations inédites, déplaisantes, grotesques. C'est ainsi que Man Ray dépeignait L'Attente en 1942, une attente prolongée au point que branches et racines poussent sur la tête. Qu'Andy Warhol se présentait d'un air pensif devant le miroir, ou l'objectif de l'appareil photographique (Self-Portrait, 1967); que Jim Shaw faisait sourire, ou ricaner, Ronald Reagan de la distorsion qu'il infligeait à son visage (1986); que Peter Saul, très monté contre la société de consommation et ses excès, faisait vomir Mona Lisa (1992).

Un panorama multiface et polyvalent, chaque œuvre ayant sa propre justification, son contexte et sa valeur psychologique, que les organisateurs ont tenu à placer au centre de cette présentation. Les personnages jouent le rôle de comédiens, même lorsqu'ils semblent saisis sur le vif ou qu'ils paraissent poser dans la gravité de leur être. L'exemple le plus typique étant celui de Cindy Sherman, grimée et photographiée aux fins de son art, narines pincées au-dessus du corps exhibé. La qualité du travail graphique ou pictural sert naturellement le propos, qu'il s'agisse de la finesse minuscule des portraits au crayon d'artistes morts par Benjamin Cottam, de la prouesse photoréaliste dans le rendu des visages reproduits par Jim Shaw, de synthétisme caricatural des encres de Petra Mrzyk & François Moriceau ou de l'emprise de la mélancolie signifiée par Giorgio de Chirico dans un autoportrait daté de 1923.

Blondeau Fine Art Services

(rue de la Muse 5, Genève,

tél. 022/544 95 95). Me-ve 14-18h30, sa 11-17h. Jusqu'au 22 juillet .