Livres

La possibilité d’un jardin

A plusieurs décennies d’intervalle, Sylvie Tanette met en relation deux femmes qui ne se sont jamais connues mais qu’un même désir unit: faire fleurir une terre aride. Une ode sensible à la liberté intérieure

«Il y a longtemps, en Australie, une femme a planté des citronniers de Sicile.» Certaines premières phrases de roman créent en quelques mots un décor, invitent au voyage et aèrent l’imaginaire. Le deuxième roman de l’écrivaine, journaliste et critique littéraire française Sylvie Tanette, Un jardin en Australie, se révèle tout aussi envoûtant que son incipit. Il ne parle pas d’un jardin comme les autres: situé au bout du monde, dans une plaine aride, aux portes du désert de sable rouge, il est scruté au loin par des collines écorchées. Bienvenue dans le centre de l’Etat du Territoire du Nord, le «cœur violent» de l’Australie, dans la petite ville minière fictive de Salinasburg (certains lecteurs imagineront Alice Springs), dans le quartier périphérique de Hamilton Creek, lieu-dit d’une source ancestrale aux pouvoirs magiques, selon les aborigènes, «lieu d’où les morts ne partent pas».

Deux femmes cultiveront tour à tour leur rêve dans cet improbable éden, un espace devenu le personnage central du livre. Ann tout d’abord, qui, dans les années 1930, quitte sa famille bourgeoise et les quartiers chics du sud de Sydney pour suivre son mari irlandais dans ce coin reculé du pays. Le couple s’installe dans une petite ferme de bois. Ann a très vite l’idée folle d’entourer sa maison d’un verger luxuriant, avec une grande variété de fleurs, de plantes, d’arbustes et d’arbres fruitiers, méditerranéens et exotiques. Elle y parvient partiellement, jusqu’au jour où son jardin «s’embrouille sous ses yeux».