Seuls les festivaliers assidus connaissent sans doute Amat Escalante, fer de lance avec son aîné Carlos Reygadas d’un nouveau cinéma mexicain aussi provocateur qu’exigeant sous la bannière de Mantarraya Producciones. Depuis quinze ans, ces deux-là ont défini un cinéma aussi impressionnant que délibérément déplaisant, qui ne ménage pas le spectateur pour l’entraîner du côté obscur des choses. Autant dire que si «La region salvaje», son quatrième opus après «Sangre», «Los Bastardos» et «Heli», a trouvé le chemin de nos salles, il le doit plus à une coproduction minoritaire suisse (Bord Cadre films) qu’à un Prix de la meilleure réalisation obtenu à la Mostra de Venise, trois ans après celui de Cannes pour «Heli».

Au programme cette fois-ci, sexualité en tous genres, avec un soupçon de science-fiction. Ce dernier est suggéré par un plan d’ouverture sur un météore dans l’espace, suivi par la fuite d’une jeune femme blessée après un accouplement monstrueux dans une cabane isolée en forêt. Veronica se fait bientôt soigner en ville par l’infirmier Fabian, qui a une relation sexuelle avec Angel, le mari de sa soeur Alejandra, laquelle semble bien plaire à Veronica. Tous les membres de ce charmant quatuor feront une visite à la créature (abritée par un couple de vieux scientifiques, style génération 68), avec des conséquences fatales pour Fabian, mais libératrices pour Alejandra…

Sauvagerie des pulsions

On songe un instant au fascinant «Under the Skin» de Jonathan Glazer (2013), mais le remerciement à feu Andrzej Zulawski en fin de générique vend la mèche: l’idée de la créature vient tout droit de «Possession», avec Isabelle Adjani (1981). Quant au film lui-même, il n’existerait sans doute pas sans le précédent de «Post Tenebras Lux» de Reygadas (2012), sommet de prétention absconse lui aussi primé à Cannes, où l’on pouvait lire un même dégoût pour le sexe, source de tous nos maux.

Ce n’est évidemment pas que «La region salvaje», film pour l’essentiel réaliste et à visées plus universelles que les précédents de son auteur, soit incompétent. Mais d’une sodomie à une euthanasie en passant par une vision dantesque de grande orgie animale, sans oublier l’extase ou la mort violente entre les tentacules de la Bête venue d’ailleurs, on fatigue. Toute relation humaine serait donc insatisfaisante, voire toxique? Le plaisir pur ne peut être que solitaire; le seul véritable amour, celui envers ses enfants? Et l’homosexualité appellerait une sorte de punition surnaturelle? Non merci, M. Escalante. Votre film pseudo-féministe et «visionnaire», aussi privé de toute émotion qu’il paraît intellectuellement douteux, nous a barbé. Et en l’absence du moindre plaisir à sa vision, par esprit charitable, on ne peut que souhaiter en détourner d’autres victimes potentielles.


* La region salvaje, d’Amat Escalante (Mexique, 2016), avec Ruth Ramos, Simone Bucio, Jesús Meza, Eden Villavicencio, Andrea Peláez, Oscar Escalante, Bernarda Trueba, Kenny Johnston. 1h40