Musique

Postmodern Jukebox: les Américains qui rendent la pop vintage

Vraie sensation sur YouTube avec plus de 2 millions d’abonnés, la formation reprend les plus grands tubes contemporains à la sauce rétro. Une machine à remonter le temps à découvrir dimanche, à Genève

Et si le célèbre tube «Creep» de Radiohead avait été composé en 1930? Les trompettes remplaceraient les guitares électriques, la contrebasse éclipserait la batterie tandis qu’une diva du jazz susurrerait «I’m a weirdo» sur quelques notes de piano enlevées.

En réalité, cette version n’a rien d’un fantasme passéiste: on la trouve sur la plateforme YouTube et avec plus de 30 millions de vues, la vidéo est même le plus grand succès du collectif américain Scott Bradlee’s Postmodern Jukebox.

Le vintage, cette troupe de musiciens en a fait sa marque de fabrique. Son créneau: revisiter des morceaux actuels à la mode du siècle passé. Du swing des années 1920 à la soul des seventies, les styles sont multiples et les associations souvent surprenantes.

Taylor Swift façon cabaret

Alors que Miley Cyrus est reprise en doo-wop, un crooner de cabaret interprète «Titanium» de David Guetta façon cabaret tandis qu’un tube de Taylor Swift, ainsi métamorphosé, semble tout droit sorti de la comédie musicale Grease. Depuis la création du groupe, en 2011, ce sont plus de 200 titres qui ont été ainsi «vieillis» puis postés sur YouTube. Les internautes du XXIe siècle, eux, adorent.

A l’origine du projet, Scott Bradlee, jeune pianiste originaire du New Jersey. Après une enfance passée dans la ferme laitière familiale, où il est élevé aux vieux disques de jazz, celui-ci débarque à New York pour y faire carrière dans la musique. Il découvre alors la culture pop que diffusent les radios mais ne peut s’empêcher de l’associer aux sonorités qu’il connaît et apprécie.

Il concocte un premier medley de tubes des années 1980, réinventés en version ragtime au piano, et poste le tout sur la toile. La sauce rétro prend rapidement, et Scott Bradlee s’entoure de quelques amis pour former le futur collectif Postmodern Jukebox.

Looks rétro

Depuis, de nombreux artistes l’ont rejoint, le temps d’une reprise ou pour une collaboration régulière. Chaque performance est filmée, en vestons et jupes taille haute pour un effet 100% vintage, dans le salon du pianiste. C’est lui qui s’occupe des arrangements. «Le choix du style m’est souvent inspiré par le morceau lui-même. Par exemple, les sonorités et paroles de «Sweet Child O’Mine», des Guns N’Roses, m’ont tout de suite évoqué une vieille chanson de blues», explique Scott Bradlee.

En six ans d’existence, Postmodern Jukebox a fédéré une communauté de plus de 2 millions d’abonnés sur YouTube, sorti une dizaine d’albums et quitté les écrans pour tourner sur quatre continents. La formation représente également un tremplin non négligeable pour de jeunes talents, souvent issus de concours télévisés, auxquels elle offre une certaine visibilité.

Nostalgie intergénérationnelle

Faire du neuf avec du vieux: le triomphe d’une certaine nostalgie, mais surtout une habile rencontre des générations pour Scott Bradley. «Nos reprises permettent aux jeunes d’apprécier ces styles classiques auxquels ils ont parfois du mal à s’identifier. Et pour les auditeurs plus âgés, il s’agit d’une bonne porte d’entrée pour découvrir la pop d’aujourd’hui.»

En pleine tournée européenne, cette troupe d’un autre temps fera escale à Genève dimanche. On retrouvera sur scène les musiciens phares du collectif, ainsi qu’un maître de cérémonie et une danseuse de claquettes. Même le public a coutume de jouer la carte du flash-back, en revêtant ses plus beaux accessoires rétro. «On a alors l’impression d’être projeté dans une fête des années 1940 au bras de Frank Sinatra!»


Info: Scott Bradlee’s Postmodern Jukebox au Théâtre du Léman, dimanche 9 avril à 19h

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