Cette façon d'honorer la musique et rien qu'elle, sans souci pour le look, est signe de décalage: à l'heure des pactes avec les «majors», le saxophoniste Chris Potter garde son indépendance. D'où le gouffre qui sépare son jeu, constamment libre, de celui des caniches de salon que le business veut faire passer pour de géniales icônes messianiques. La bonne nouvelle, c'est que cette honnêteté commence à payer. A preuve l'affluence de jeudi au Sud des Alpes. Cette «Pottermania bis» s'appuie, contrairement à l'autre, sur une ignorance naïve et joyeuse de toute espèce de flatterie racoleuse. Reste un jeu brut dans son souci d'authenticité, raffiné dans les solutions qu'il imagine pour assainir son discours et donner au jazz l'illusion d'un nouveau départ. On pense au Rollins d'antan, pour le flux intarissable de phrases capables d'épuiser toutes les ressources d'une mélodie. Pour ce concert au débit torrentiel, Potter était secondé par deux des meilleurs incitateurs imaginables, le batteur Adam Nussbaum et, leader désigné du trio, le bassiste Steve Swallow.