«Sans le haut-parleur, nous n'aurions jamais conquis l'Allemagne.» La phrase est d'Adolf Hitler, et décrit à merveille les enjeux politiques et culturels qu'implique la découverte du son amplifié. Des ondes radio prises d'assaut lors des grands conflits aux sirènes annonçant les bombardements, en passant par les divers supports de matraquage médiatique, l'aventure sonore du XXe siècle est également celle d'un pouvoir nouveau, dont les effets souvent dévastateurs font l'objet d'expérimentations multiples.

Les oreilles n'ont pas de paupières, la chose est connue, et l'écoute coercitive rejoint alors la grande famille des instruments de torture. Car l'amplificateur recèle une puissance qui dépasse rapidement les capacités de la voix humaine, conférant au pouvoir politique une force qui le place d'emblée en position de domination, renouant avec le caractère surhumain des monarques et pharaons.

De même, avec l'avènement des concerts de rock, le pouvoir et la popularité d'un groupe se mesurent très vite à la puissance des décibels qu'il est capable de générer. Dans les raves techno, le caractère envoûtant et stimulant de la musique est directement lié à l'effet produit par les intenses vibrations jaillissant des amplificateurs, substituant le tempo de la musique aux rythmes naturels du corps humain.

Curieusement, la puissance du son n'a guère fait jusqu'ici l'objet d'applications scientifiques déterminantes. Une situation en passe de changer, si l'on en croit le travail de Tim Lucas, un chercheur américain qui déclare avoir mis au point un système permettant d'exploiter le pouvoir du son, la Resonant Macrosonic Synthesis (RMS). En comprimant le son dans un cylindre, Lucas prétend être parvenu à transformer le son en énergie, à la manière de la lumière compressée en faisceau laser. Et de rêver d'applications du son comprimé à l'ensemble des structures mécaniques, des engins de chantiers aux appareils domestiques.

Votre frigo fait trop de bruit? Vous ne perdez rien pour attendre.