Les salles d'exposition temporaire ainsi que les cours et jardin du Château de Prangins, Musée national suisse, accueillent les travaux in situ de huit plasticiens venus de Suisse, de France, d'Espagne et de Grèce. Organisée par l'Association «Aubusson, la tapisserie au présent, perspectives suisses», la manifestation présente l'originalité de confronter des œuvres produites par les artistes au moyen des techniques qui leur sont familières (techniques de la sculpture, de la peinture ou de la gravure) avec des tapisseries qu'ils ont conçues et qui ont été réalisées dans les ateliers français d'Aubusson. Ces créations textiles imaginées par des plasticiens non tisserands agissent comme des miroirs, où se reflètent, plus ou moins déformées ou parées de teintes inédites, les formes coutumières à ces créateurs.

Ainsi la croix architectonique du Tessinois Gianfredo Camesi, intitulée ici Vacuité. La tapisserie se fait naturellement plus douce que les pièces de granit posées à plat dans la cour du château, mais l'impression donnée, d'un espace ouvert, comme la croix ouvre ses larges bras, est la même. Le bleu tendre de la laine tissée accentue ce sentiment de vide atmosphérique. D'autres artistes invités donnent dans un ludisme poétique. C'est le cas du Français Richard Texier qui regarde la lune, dont il avait fait le sujet de son doctorat en arts plastiques. Richard Texier n'en est pas à sa première expérience de la tapisserie: «Lorsque je conçois une tapisserie, je l'imagine comme une œuvre à part entière (…). Je définis préalablement un vocabulaire plastique, notamment pour la traduction des matières et des lumières.»

Traduction est le maître mot de l'expérience tentée à Prangins. Qui dit traduction dit traducteurs, en l'occurrence les lissiers d'Aubusson. La tapisserie de Texier intitulée Face nord est une remarquable interprétation de ses sculptures qui mettent en scène une lune anthropomorphe entourée d'étoiles. Le textile parvient mieux que le bronze à restituer la luminosité et la légèreté du firmament. Moins heureuse, car plus anecdotique, l'allusion que fait Hans Thomann à l'espace est teintée d'humanisme. A des sculptures qui mettent en scène un «marcheur» équipé d'une longue vue dirigée vers le ciel répond une tapisserie-tapis, où s'inscrit la trace des pieds du même personnage. Façon de dire qu'à une tête dans les nuages doit correspondre l'enracinement dans le terroir.

Le Totem tissé de Costas Varotsos évoque avec davantage de subtilité la transparence de son Horizon, installation de verre juchée sur un mur du château. Un horizon qui concentre tout le vert des arbres et des prés, ainsi noyés dans une sorte d'océan. Autre tentative réussie, celle de l'Espagnol Tom Carr de renvoyer le spectateur, au moyen d'une roue qui semble grimper au mur (Woven Disc), à la notion d'espace-temps. Ici, le noyau de la roue, tenu par son rayonnement même constitué de fils, est le seul à porter le fameux point d'Aubusson, parfois trop contraignant dans certaines autres pièces.

Sans vouloir détailler chaque travail, il convient de souligner l'honnêteté des démarches, parfaitement explicitées dans le petit catalogue qui accompagne l'exposition. Il ne manque à celui-ci qu'une introduction à la tapisserie d'Aubusson et à sa technique, à laquelle sont liées, au sens fort, les œuvres montrées à Prangins. Encore un mot sur le titre, un peu trompeur dans la mesure où le Net, ici simple filet, a acquis une nouvelle signification à l'heure des technologies de la communication. Net Art, qui renvoie à l'entrecroisement des fils tissés, est aussi un indice de l'ambition de l'Association «Aubusson, la tapisserie au présent»: il s'agit pour elle de réactualiser une pratique ancestrale.

Net Art. Art contemporain au musée d'histoire. Peintures, sculptures, installations et tapisseries d'Aubusson.

Musée national suisse (au Château de Prangins, tél. 022/ 994 88 90).

Mardi-dimanche 10 h-17 h. Jusqu'au 10 septembre.