Sur les rives du Léman, Prangins aurait pu développer une handicapante schizophrénie. Alors qu’il est situé en terres vaudoises, le village fait en effet partie du périmètre compact d’agglomération du Grand Genève. Situé à la sortie est de Nyon, il avait tout pour devenir une petite cité-dortoir, une calme bourgade pour citadins en mal de campagne, avec son cortège de voitures partant le matin pour y revenir le soir. Mais les autorités communales, au fil des législatures, en ont décidé autrement.

La manière dont elles ont géré le développement urbanistique et architectural de la commune est aujourd’hui saluée par Patrimoine suisse. Prangins se voit en effet décerner le Prix Wakker 2021, remis depuis 1972 par l’association fondée à Berne en 1905 pour défendre et promouvoir la culture du bâti. «Située entre Lausanne et Genève, au milieu de la métropole lémanique, cette localité est soumise à une forte pression d’urbanisation. Elle y fait face par des interventions ciblées dans l’entretien et la mise en valeur des qualités architecturales et paysagères existantes», motive Patrimoine suisse.

Centre piéton

Tout le monde connaît Prangins pour son château du XVIIIe siècle, qui abrite l’antenne romande du Musée national suisse. Mais qui est déjà, en marge d’une balade au bord du lac, allé se promener dans le village? Sur la place centrale, la Maison de commune est située dans l’ancienne ferme du château, qui abrite également une épicerie, un tea-room et un jardin d’enfants. Elle fait face à un fournil historique logiquement devenu une boulangerie. Afin de valoriser plus encore le cœur du village, et d’en faire un véritable lieu de rencontre, il est prévu que la place devienne entièrement piétonne, explique Dominique-Ella Christin, municipale chargée de l’urbanisme et de l’environnement.

La Pranginoise pointe alors la Maison Fischer, imposante bâtisse en partie occupée par l’Auberge communale. A l’arrière, une terrasse en harmonie totale avec l’environnement naturel et bâti s’ouvre sur un ensemble de constructions classées qui abritent 16 appartement gérés par une coopérative d’habitation, source d’une cohésion sociale renforcée. Un peu plus haut, l’école, tout en béton apparent, apporte une touche résolument contemporaine. Certaines classes sont pour l’heure vides. Car Prangins, 4000 habitants, devrait voir sa population augmenter de 30% à l’horizon 2030-2040. La commune se veut proactive, anticipe depuis des années son évolution plutôt que d’attendre de devoir rattraper un éventuel retard.

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C’est d’ailleurs là un des arguments qui ont convaincu Patrimoine suisse, indique Myriam Perret, cheffe de projet Prix Wakker. Et de souligner la manière dont Prangins cherche à faire de son centre un espace de vie convivial plutôt qu’un musée à ciel ouvert, alors même que le bourg est référencé ISOS (Inventaire fédéral des sites construits d’importance nationale à protéger).

Qualité de vie

Syndic en exercice depuis dix ans, François Bryand voit dans cette distinction non seulement une validation de la politique communale, mais aussi une source de fierté pour ses contribuables, régulièrement conviés à s’exprimer à travers des réflexions participatives. L’élu parle qualité de vie et développement raisonné, là où d’autres n’ont en tête que la croissance. Il cite l’exemple, dans la foulée de la révision de la loi sur l’aménagement du territoire, de l’abandon d’un projet de nouveau quartier prévu sur des terres agricoles. Préserver la biodiversité et préférer une revitalisation du centre plutôt qu’une croissance vers l’extérieur lui semble essentiel. Pour répondre de manière efficiente à la croissance démographique, la commune a investi 30 millions sur dix ans. «Sans que le taux d’imposition, qui est relativement bas», ait dû être augmenté, se réjouit François Bryand.

Dans l’optique de favoriser les déplacements responsables, la ligne de bus Nyon-Prangins a vu son tracé modifié, de même que sera ces prochains jours déposé un préavis pour l’élaboration d’une passerelle de mobilité douce menant à la gare de la ville voisine. Depuis 2015, le village possède déjà le label Cité de l’énergie, récompensant sa politique climatique. Le Prix Wakker devrait lui offrir une visibilité nationale, se réjouit son syndic.