John M Armleder s'estime un brin paresseux mais se dit surpris, lorsqu'il jette un regard rétrospectif sur son parcours, par la quantité d'œuvres créées. C'est que l'artiste genevois (né en 1948) compte déjà trente ans de carrière. Sa première exposition personnelle remonte à 1973, au Palais de l'Athénée à Genève. Et sa renommée est internationale depuis longtemps. Nombre de galeries, Kunsthallen et musées suisses, européens et américains ont montré ses œuvres. Il a notamment exposé au Musée d'art moderne de New York.

A la fin des années 1960, John Armleder fut le principal animateur du groupe et de la Galerie Ecart, proche du mouvement Fluxus. Puis s'est retrouvé catalogué «néo-géo» dans les années 1980 parce que ses peintures réactualisaient l'abstraction géométrique. Ses modes d'expression, en fait, sont multiples. Et comprennent aussi bien le dessin, des structures modulaires, que les installations des Furniture Sculptures qui établissent une relation d'équivalence entre la sculpture et la peinture, ou encore la peinture murale. L'artiste expose d'ailleurs sept de ces dernières, nouvelles, chez de Pury & Luxembourg à Zurich (jusqu'au 21 septembre). L'occasion de lui demander ce que représente cet aspect de son œuvre et de préciser sa position quant à exposer dans un espace lié à une maison de ventes aux enchères.

Le Temps: Certaines de vos peintures murales font référence au Pop'art, d'autres à l'art optique ou encore à des motifs appartenant à d'autres civilisations, comme les effigies de l'île de Pâques. Faut-il y voir un hommage ou un emprunt?

John M Armleder: Puiser dans un réservoir culturel, iconographique est une chose récurrente dans mon travail. Cela m'a intéressé depuis les années 1970 lorsque je remets en scène des formes suprématistes ou constructivistes. Ce n'est pas de la citation. Ce n'est pas de l'appropriation. Mais parce que j'ai une affinité avec ces motifs, je les remets en jeu, mais sortis de leurs références.

– Avec quelle volonté? Leur redonner un statut atemporel?

– C'est ça. Les extraire de leur moment héroïque. De façon à leur redonner une sorte de valeur presque neutre, réutilisable. C'est une manière de désamorcer le rapport à l'histoire afin de ne pas se retrouver devant des monuments intouchables, qui ne seraient à considérer que dans leur contexte initial. Ainsi, dans cette exposition, cela m'a permis d'élargir le propos à une réflexion sur le dispositif de la peinture murale à motif répétitif. Il y a le fait que la répétition provoque un décor, que cela pose aussi la question de la place de l'ornement dans l'art contemporain, etc. Mais cette exposition thématique sur un système de travail est tout à fait occasionnelle.

– Justement, comment menez-vous vos différentes interrogations artistiques?

– Je dirais que je suis du style Picabia, qui a fait mille choses différentes mais les a toujours toutes menées en même temps. Plus généralement, je pratique la philosophie du râteau. Je ramasse tout ce qui m'intéresse et je prends un délicieux plaisir à mettre tout en compost et à utiliser ce compost tel quel. C'est un mode de vie, une sensibilité, mais aussi une volonté délibérée. Car je crois que c'est une attitude juste, intelligente, démocratique. Parce qu'elle accepte tout ce qui vient dans le râteau avec la même valeur et qu'elle donne la même chance à tout.

– Pour revenir à une œuvre aussi particulière qu'une peinture murale, comment cela se passe pour un achat?

– L'acheteur obtient un certificat d'achat et, avec ce certificat, le processus de réalisation. Le procédé est au pochoir. Comme ce sont des œuvres de dimensions variables, elles sont adaptables à un pan de mur spécifique. La personne peut la réaliser une fois et la répéter s'il déménage. Les pièces de Zurich étant des œuvres uniques, cela veut dire qu'il n'y a qu'un certificat. Mais dans l'exemple d'Instant Replay inspiré de Roy Lichtenstein, il y trois variantes de couleurs et donc trois certificats.

– Quant au fait que vous exposiez chez de Pury & Luxembourg, liés à une maison de ventes aux enchères, cela ne soulève pas un problème?

– Mes liens avec les galeries reposent généralement sur des relations personnelles. Dans le cas de Zurich, la galerie est dirigée par Andrea Caratsch qui est quelqu'un que j'apprécie beaucoup. C'est aussi un collectionneur qui s'est intéressé à mon travail. Comme Simon de Pury. Ils sont liés économiquement mais Andrea Caratsch peut faire les expositions qu'il veut. Par rapport au sous-entendu de la question sur une moralisation des surfaces de ventes, il ne faut pas être naïf. Sur ce marché, tout le monde est lié.

John M Armleder. Seven New Wallpaintings. De Pury & Luxembourg (Limmatstrasse 264, Zurich, tél. 01/276 80 20). Lu-ve 10-18 h, sa 10-16 h. Jusqu'au 21 septembre.